LIVRE III , CHAPITRE XIV
ne le sont chez nous les domestiques des grandes maisons ; l'habitation de l'empereur, si elle était dépouillée de For et des ornemens qui la décorent, ne serait pas de beaucoup au-dessus d'une belle grange (4). Cette infériorité de l'architecture peut tenir à bien des causes ; mais il en est deux qui méritent surtout d'être remarquées : c'est le goût et les idées de la caste conquérante. Quand les nomades du centre de l'Asie envahirent ce pays , ils logèrent leurs chevaux dans les maisons des membres du gouvernement , et se logèrent eux-mêmes sous leurs tentes. La population vaincue n'a point oublié ce fait ; elle le cite encore comme une preuve de la barbarie de ses conquérans. D'un autre côté, la domination paraît si mal affermie, que les dominateurs prévoient qu'ils pourront un jour être repoussés dans les lieux qui furent le berceau de leurs ancêtres. Avec de tels goûts et de telles idées, il serait difficile que l'art de bâtir fît de grands progrès. Si la population chinoise , au lieu d'avoir été subjuguée par des nomades , eût été conquise par nos commis ou seulement par leurs valets , la simplicité de la demeure des grands ne choquerait pas aujourd'hui nos secrétaires d'ambassades (â).
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(ï) Barrow, Voyage en Chine, tome I, ch. iiij p. i5/t, i55, 17a et 210. — Macartney, tome 11, ch. m, p. 229.
(2) Barrow , Voyage en Chine, tomel, ch. m, pages 182 et i83.
La Perse , comme la Chine , a été plusieurs fois conquise, et c'est du centre de FAsie que sont presque toujours venus ses conquérans. Il existe donc , sur le même sol , deux races d'hommes : les enfàns de ceux qui lé miren t jadis en culture, et les enfans de ceux qui descendirent plus tard des montagnes pour s'en emparer. Aux premiers appartient l'ancienne civilisation du pays; aux seconds , sa moderne barbarie.*
Le sol de la Perse est arrosé par des rivières moins nombreuses et plus petites que celles de la Chine ; il n'y en existe pas une seule qui soit capable déporter bateau, ou de servir de moyen de transport (i). La terre y est donc beaucoup moins susceptible de culture, et si la main de l'homme cesse d'y conduire les eaux qui coulent des montagnes, elle se convertit en désert (2). Cependant , malgré les obstacles naturels que le sol présente à la culture, ce pays parvint jadis à l'état le plus florissant 5 l'ingénieuse industrie des liabitans porta l'eau sur tous les points où il fut possible delà conduire. Suivant les registres publics , on comptait jadis dans une seule province, jusqu'à quarante-deux mille aqueducs souterrains. Quelque prodigieux que paraisse ce nombre , il n'a rien d'invraisemblable , lorsqu'on voit que, dans une autre province, il a suffi d'un es-
(1) Chardin, Voyage en Perse, tome III, p. 267 et 268.
(2) Niebubr, Voyage en Arabie , tome II, p. 137. — Chardin, tome III, p. 259 et 270