LIVRE III, CHAPITRE XIV. 2Z| L
pace de soixante années pour en détruire quatre cents (4).
Il serait difficile de déterminer d'une manière exacte quelle fut jadis l'industrie des peuples de cette contrée, puisque les plus florissantes de leurs villes ont été renversées, que la plus grande partie des ruines ont disparu de la surface du sol, et que la charrue a passé sur la place où elles existaient (â). Cependant ce qui reste encore de l'ancienne capitale suffit pour nous prouver que les arts y avaient été portés à un haut degré de perfection (3). Les diverses branches d'industrie qu'ils cultivaient au dix-septième siècle , et dont Chardin nous a transmis la description , étaient plus avancées qu'elles ne l'étaient à la même époque dans aucune partie de l'Europe (4) . L'art avec lequel ils travaillent encore l'acier , le cuir, la poterie, la soie et divers genres de tissus, prouve que , sous le rapport de l'adresse 'et de l'intelligence , ils ne sont inférieurs à aucun peuple. Le respect qu'ils ont pour le commerce, excède de beaucoup celui qu'on lui accorde dans la plupart des états de l'Europe (5) .
(1) Chardin, tome IV, ch. xvn, p. 97.
(2) Niebuhr , tome IL, p. 98. — Chardin , tome II , p. 3o4 et 3o5.
(3) Langlès, mémoire sur Persépolis, inséré dans sa collection de Voyages.
(4) Chardin, tome IV, p. i36.
(5) « En Orient, dit Chardin, les négocians sont des gens sacrés à qui on ne touche jamais; même durant la guerre ,
Diverses branches de connaissances ont fait jadis beaucoup de progrès en Perse , et quoique les conquérans anciens et modernes y aient fait rétrograder les esprits,. ils n'ont pu éteindre la considération attachée à la culture des sciences et des lettres. La multitude d'établissemens d'éducation qui existent dans toutes les villes , et les richesses que ces établissemens possèdent, prouvent au moins l'importance qu'on attache à l'instruction. Au temps où Chardin visita ce pays , rien n'y donnait plus de réputation que d'instruire gratuitement des jeunes gens , et de favoriser les sciences. Si le premier ministre était en même temps homme de lettres, il prenait le titre de chef des étudians. Les grands qui s'étaient retirés des affaires et ceux que la disgrâce en avait éloignés , se vouaient souvent à l'enseignement public. Ils donnaient soir et matin des leçons aux jeunes gens qui voulaient les entendre, et leur fournissaient même des moyens pécuniaires pour faire leurs études (1). Les Perses ont eu des poètes qui n'ont manqué ni d'imagination, ni de grâce , et leurs maximes de moraîe prouvent qu'ils savent observer et réfléchir (2).
eux et leurs effets passent libres au milieu des armées. C'est à leur égard surtout que la sûreté des chemins est si grande en toute l'Asie, et particulièrement en Perse. » T. IV, ch. xix, p. i5(>.
(i) Chardin, tome IV, ch. ir, p. 2a5 et a3i. (t.) Si les proverbes d'un peuple ne sont pas toujours une preuve de la bonlé de ses mœurs, ils sont du moins une preuve