LIVRE III, CHAPITRE XV. 2Ôl
En considérant le genre humain d'un point de vue élevé, nous voyons que, depuis les temps lea plus reculés, il est soumis à une action et à une réaction continuelles de civilisation et de barbarie. Les nations placées sous les plus heureux climats sont les premières qui se développent ; elles jettent quelques lumières sur les barbares qui les environnent; mais elles sont à leur tour plongées dans les ténèbres par d'autres barbares, chez lesquels les lumières n'ont jamais pénétré. Les peuples situés dans les plus belles contrées de l'Asie, ont devancé tous les autres dans la carrière de la civilisation, ce sont eux qui paraissent avoir porté la lumière en Egypte , d'où elle s'est répandue en Grèce, en Italie, et dans toute la partie du sud-est de l'Europe. Mais les barbares qui habitaient les plaines centrales du continent asiatique se sont répandus à leur tour sur le monde civilisé, et Font replongé dans les ténèbres, autant qu'il a été dans leur puissance. Nous pouvons observer le même mouve-
plus tôt. Essai politique, tome I, liv. iz, ch. vz, page- 421. — Même en comparant les classes instruites entre elles, la supériorité demeure aux peuples des pays chauds. Que peuvent opposer tous les peuples des pays froids du monde entier aux œuvres du Dante, de Pétrarque, deBoccace, du Tasse , de l'Arioste, de Métastase, d'Alfiéri, de Galilée, de Gassendi, de Torricelli, de Machiavel, de Davila, de Bentivoglio, de Guichardini, de Raphaël, de Michel-Ange, de Canova et d'une multitude d'autres savans , poètes ou artistes qu'a produits la seule Italie , même depuis l'invasion des barbares ?
ment d'action et de réaction dans tous les états de l'Europe; les peuples du sud ont fait pénétrer quelques faibles rayons de lumière vers leurs voisins du nord,, et ces voisins les en ont récompensés en cherchant à les ramener dans les ténèbres.
Il est vrai que les peuples civilisés du centre de l'Amérique ont été asservis et replongés dans la barbarie ; que les Indous , les Chinois , les Persans J ont été conquis par des peuples- venus du nord ; que les peuples du midi de l'Europe ont aussi subi le joug des peuples qui habitaient sous des climats froids; mais il ne faut pas conclure de là que les climats chauds sont un obstacle au perfectionnement du genre humain. Si les peuples civilisés du centre de l'Amérique ont été replongés dans la barbarie , les peuples de même espèce , situés aux extrémités de ce continent, n'en sont jamais sortis. Le nombre des premiers s'est accru, malgré l'oppression des Espagnols ; le nombre des seconds diminue d'une manière effrayante , malgré les efforts que fait le gouvernement des Etats-Unis pour les conserver. La Perse , la Chine, l'Indostan ont été asservis ; mais les contrées d'où sont partis les conquérans sont toujours restées barbares; elles sont plus pauvres que les nations vaincues, sans être pour cela moins esclaves. Le sud de l'Europe a été asservi par le nord ; et cependant tes peuples y sont généralement plus éclairés , plus riches et mémo plus libres : si, chez quelques-uns , il