LIVRE III, CHAPITRE XVI. 2?g
mains , nous aurait probablement tracé le tableau de leurs lois , s'il avait trouvé que les phénomènes qu'il a fait connaître sous le nom de mœurs > avaient été décrits par les gouvernemens des peuples dont il a parlé. Ainsi, de ce que plusieurs des nations dont j'ai à décrire l'état social , ne connaissent ni livres , ni archives , il ne faut pas conclure qu'elles ne sont soumises à aucune loi ; il n'y a pas beaucoup de siècles que la plupart des nations de l'Europe étaient dans le même cas, et cependant elles étaient régies par des lois auxquelles nous avons donné le nom de coutumes.
Si l'existence des peuples est modifiée par les circonstances physiques au milieu desquelles ils sont placés, telles que la nature et l'exposition du sol , la nature > la direction et le volume des eaux, la division des saisons, la température de l'atmosphère , et d'autres analogues , ces circonstances elles-mêmes sont à leur tour modifiées jusqu'à un certain point par l'action que les peuples exercent sur elles ; les hommes modifient le sol, par des plantations ou des déboisemens . par des défrichemens , par des engrais , ou par une succession de récoltes qui l'épuisent; ils agissent sur les eaux , tantôt en en resserrant les limites , tantôt en les dirigeant dans les lieux où elles manquent , tantôt en détruisant les forêts qui alimentent les rivières ; ils agissent sur la température de l'atmosphère et même sur la nature de l'air qu'ils respirent, par des déboisemens, par le dessèchement des marais ou par
d'autres moyens artificiels ; il s'exerce , en un mot, une action et une réaction continuelles des choses sur les hommes , et des hommes sur les choses , et cette action et cette réaction influent toujours plus ou moins sur les relations qu'ont entre eux les individus et les agrégations d'individus dont le genre humain se compose.
De toutes les circonstances physiques au milieu desquelles les hommes se trouvent placés , il n'y en a aucune qui paraisse plus indépendante d'eux que la température de l'atmosphère; cependant , ils parviennent à la modifier dans l'action qu'on suppose la plus influente, dans celle qui les affecte d'une manière immédiate : à mesure qu'ils font des progrès , ils apprennent à se créer une atmosphère tempérée , en variant leurs vêtemens et leurs habitations ; si donc le froid et la chaleur produisent les effets que la plupart des philosophes leur ont attribués, ces effets doivent se manifester avec d'autant plus de force que les peuples sont plus barbares .
Si nous voulons savoir comment les circonstances physiques au milieu desquelles les peuples sont placés, influent sur eux , et comment cette influence des choses sur les hommes concourt ensuite à modifier Faction qu'ils exercent » soit sur eux-mêmes, soit les uns à l'égard des autres, nous devons continuer à considérer séparément chacune des divisions principales entre lesquelles on a partagé le genre humain ; nous devons chercher à constater l'état auquel est parvenue cha-