‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 134 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XVI. 26 L · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XVI. 26 L

cunedes espèces d'hommes que nous connaissons, sons tous les climats et dans toutes les positions. Cette esquisse de la civilisation comparée des peuples de toutes les espèces , et de toutes les parties du globe , a exigé des recherches fort nombreuses. J'ai tâché de l'abréger le plus qu'il m'a été possible ; cependant elle demande quelque patience de la part de ceux qui veulent la connaître.

En observant la marche que la civilisation a suivie sur chacune des principales parties de la terre , nous avons vu les lumières se former d'abord sous les climats chauds ; se répandre ensuite dans les climats tempérés \ et s'arrêter devant les climats froids ou n'y pénétrer qu'avec peine. J'exposerai plus loin quelles ont été les principales causes de ce phénomène ; dans ce moment, nous avons seulement à examiner si les mœurs et les lois ont suivi la même marche que les lumières. Nous avons à examiner surtout si les vices et les vertus , les bonnes et les mauvaises lois qu'on observe chez des peuples de diverses espèces , placés sous différentes zones , sont des effets de la température du climat , ou s'ils doivent être attribués à d'autres causes.

Suivant Montesquieu, la chaleur du climat abat la force de l'âme en même temps que celle du corps; elle produit la lâcheté, la paresse, la jalousie, la méfiance, la ruse, la fausseté, l'orgueil, la vengeance, la cruauté; enfin, elle éteint tout sentiment généreux. Suivant lui, on trouve

dans les climats du nord des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du midi , dit-il, vous croirez vous éloigner de la morale même ; des passions plus vives multiplieront les crimes; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions.

S'il est vrai, comme cela me semble prouvé, que la civilisation s'est d'abord développée dans les climats chauds ou tempérés, toutes les fois qu'elle n'a pas été arrêtée par des causes insurmontables, telles que l'aridité du sol ou l'influence de nations barbares, et si la chaleur produit les effets que certains philosophes lui attribuent , il faudra admettre, avec Rousseau, que les connaissances humaines ont toujours été accompagnées de la corruption des mœurs; il faudra reconnaître que, si les vices ne sont pas des conséquences nécessaires des sciences et des arts , ils sont produits au moins par les mêmes causes. Dans cette hypothèse , il sera vrai de dire que la même force qui retient les peuples des pays froids dans l'ignorance et la barbarie , leur donne ou leur conserve leurs vertus (4).

(1) Raynal a partagé l'opinion de Montesquieu sur les climats, et celle de Rousseau sur les effets moreaux de la civilisation.«(A mesure qne les sociétés s'accroissent et durent, dit il, la corruption s'étend; les délits, surtout ceux qui naissent delà nature du climat, dont l'influence ne cesse point, se multiplient , et les châtimens tombent en désuétude, à moins que

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