LIVRE IU| CHAPITRE XVI
L'esprit se fatigue à réfuter des opinions qui ne sont fondées sur aucune observation bien faite , et que démentent des faits sans nombre ; mais lorsqu'une opinion , quelque fausse qu'elle paraisse à ceux qui Font soumise à l'examen, a été professée par des hommes tels que Montesquieu , Raynal , Robertson , et d'autres moins célèbres ; lorsque cette opinion porte sur les plus grands intérêts de l'espèce humaine, sur la morale , les lois et même la religion (4 ) ; enfin , lorsqu'on voit des hommes qui ne manquent ni de jugement, ni de connaissances, publier sur les sciences morales les opinions les moins sensées , faut-il croire que la multitude , qui n'a point d'opinion qu'elle puisse dire à elle, et qui ne pense que d'après les livres, saura se garantir de toutes les erreurs? Peut-on penser qu'elle ne croira point à l'influence des climats sur les mœurs, lorsqu'on voit des écrivains, qu'on peut croire sensés, attribuer l'esprit révolutionnaire des peuples à la charge électrique de Fat-
le code ne soit mis sous la sanction des dieux. » Hist. philos^ tome I, liv. i, p. 88.
Voilà, dans cinq lignes, quatre erreurs, chacune desquelles, si elle était pleinement adoptée, suffirait pour plonger ou pour retenir à jamais un peuple dans la barbarie*
(i) « Les religions ont toujours été cruelles dans les pays arides , sujets aux inondations , aux volcans ; et elles ont toujours été douces dans les pays que la nature a bien traités. Toutes portent l'empreinte du climat où elles sont nées. » Raynal, Hist. philos., tome II, liv. m, p. 36.
mosphère ; et leur réformation morale à l'usage du café (4).
Il est aisé d'enfanter des systèmes, et d'expliquer, à l'aide de quelques mots, aux hommes les moins éclairés, toutes les révolutions du monde ; mais ce n'est pas ainsi que procèdent les sciences; personne ne les devine, ni ne les improvise. Il ne faut pas perdre de vue d'ailleurs que l'examen du système sur l'influence immédiate du froid et de la chaleur sur les organes des diverses espèces d'hommes, n'est ici qu'un objet secondaire. L'objet principal que je me propose, est de déterminer, ainsi que je l'ai déjà dit, l'action que les choses , considérées sous un point de vue général , exercent sur les hommes ; l'action que les hommes exercent à leur tour sur les choses, et celle qu'ils exercent ensuite les un» à l'égard des autres.
(1) Voici comment un abbé physicien, Giraud Soulavie, explique les révolutions qui, à des époques diverses , se sont opérées parmi les hommes : « Les basaltes et les amigdaloïdes augmentent la charge électrique de l'atmosphère, et influent sur le moral des habitans, en les rendant légers, révolutionnaires et enclins à abandonner la religion de leurs pères.» De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, tome II, liv. v, ch. xn p. 496.
« Je pourrais citer , dit un autre écrivain en parlant de l'adoucissement des mœurs , les atrocités qui ont souillé la révolution et qui ont fait croire que Paris n'était pas ce bon peuple tant vanté ; ces atrocités rfont été exercées que par des malheureux étrangers aux habitudes du café. * Robin, Voyage dans la Louisiane , tome I, ch. vin, p. 137.