‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 140 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XVII. 4? I · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XVII. 4? I

ou détruits par les Espagnols. Les conquérans sont de tous les hommes les moins en état déjuger les mœurs des nations qu'ils asservissent, parce que des peuples se montrent rarement tels qu'ils sont à des étrangers qui se présentent en ennemis.

Nous ne pouvons donc savoir que très-peu de chose sur les mœurs des Mexicains et des Péruviens , avant la conquête ; puisque nous ne possédons à cet égard que les écrits des Espagnols , et qu'il n'est plus possible de refaire ou d'étendre les observations qu'ils contiennent. Cependant, quelque imparfaites que soient nos connaissances, elles suffisent pour nous convaincre que les peu- * pies du nord, loin d'avoir quelque supériorité morale sur les peuples de même espèce qui vivent entre les tropiques, leur sont, au contraire, généralement inférieurs.

On a vu précédemment que les peuples situés à l'extrémité boréale du continent américain audelà du soixante - sixième degré de latitude , vivent principalement des produits de la pêche, et que la chasse ne leur fournit qu'accidentellement un supplément aux subsistances qu'ils tirent de la mer ou des fleuves. Les peuples qui vivent entre le soixante-sixième et le quarante-cinquième degré de latitude, trouvent, au contraire, dans les produits de la chasse leurs principaux moyens d'existence . Quoiqu'ils tirent des lacs et des fleuves une partie de leurs subsistances, cette partie est moins considérable que celle que leur fournissent

les animaux terrestres. Depuis le quarante-cinquième degré de latitude jusque vers le trentième y sur le golfe du Mexique , la population vit des produits de la chasse y de la pêche et de l'agriculture. La terre n'est cultivée que d'une manière très -imparfaite ; elle est divisée entre les peuplades ; mais elle n'est pas partagée entre les individus ou entre les familles ; la culture se fait en commun , et les produits en sont déposés dans des magasins publics. Enfin, entre les tropiques, on ne trouve presque plus de peuples chasseurs : le territoire occupé par chaque peuplade est presque partout divisé en propriétés particulières. Chacun cultive les siennes comme il l'entend y et jouit exclusivement des produits qu'il en retire (i).

Une nation qui possède des moyens d'exis-

(1) Tel est l'aspect général sous lequel se sont présentés les peuples d'Amérique, lorsque les Européens en ont fait la découverte; niais des différences de position ont produit plusieurs exceptions à cette division générale des peuples. Chez les nations même les plus civilisées, les parties de la population qui vivent sur les rivages de la mer , sur des golfes, ou sur les bords des fleuves, tirent de la pêche une partie considérable de leurs subsistances. lien a été de même des peuplades américaines , sous quelque latitude qu'elles se soient trouvées situées ; plus la pêche a été facile ou plus les produits en ont été abondans, moins les peuples se sont sentis disposés à adopter tout autre genre d'industrie. La difficulté ou l'impossibilité de cultiver le sol s'est jointe quelquefois à la facilité de la, chasse ou de la pêche pour arrêter les progrès d'un peuple.

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