‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 141 sur 276 · LIVRE III 9 CHAPITRE XVII. 2j · texte numérisé non relu

LIVRE III 9 CHAPITRE XVII. 2j

tence très-variés , est , eiî général , moins exposée à manquer d'alimens que celle qui n'en possède que d'une seule espèce : un peuple qui ne tire sa subsistance que de la pêche, ne peut rester plusieurs jours sans prendre de poisson, sans être assailli nécessairement par la famine ou tout au moins par la disette ; celui qui réunit à Fart de prendre du poisson 9 Fart de prendre du gibier, peut trouver dans l'un le supplément de ce qui a manqué à l'autre ; celui qui réunit à ces deux moyens Fart de cultiver un champ est moins exposé encore , deux de ces ressources peuvent lui manquer, sans qu'il coure le danger de périr • enfin , celui qui, en se livrant à la culture, sait en varier les produits , de manière que la saison qui fait dépérir un certain genre de végétaux en fasse prospérer un autre , a encore moins de chances à courir ; s'il est exposé à éprouver des disettes, il est presque impossible qu'il soit attaqué par la famine; il suit de là, que moins une nation est éloignée de l'état sauvage ou plus le climat qu'elle habite est rigoureux , plus elle est voisine de la famine. *

La population qui est la plus exposée à manquer de subsistances est en même temps celle qui a besoin d'occuper le territoire le plus vaste, et de se donner le plus de peine pour acquérir les alimens qui lui sont nécessaires. Il faut à une tribu de deux ou trois cents personnes , vivant des produits de la, chasse , un territoire plus

étendu que quelques-uns des royaumes de l'Eu-

rope (4). J'en expose ailleurs les raisons ; je crois donc inutile de les faire voir ici (2).

La rigueur du climat de l'extrémité boréale de l'Amérique n'a pas permis aux voyageurs d'y faire un séjour assez long pour acquérir une connaissance parfaite des mœurs des habitans ; mais on peut en juger, soit par celles de leurs voisins , soit par celles d'autres peuples qui suivent le même genre de vie. Les Esquimaux tirent de la mer la plus grande partie de leur subsistance ; ils s'abreuvent d'eau, et d'huile de baleine : ils mangent du veau marin , du cheval de mer , du poisson pourri, et des alimens plus dégoûtans encore. Il est impossible de douter que ces grossiers alimens ne leur manquent même souvent , lorsqu'on voit, sur Te même continent, des peuples , vivant sous un climat moins rigoureux , assiégés parla famine. Or, une disette habituelle, et les autres calamités inséparables de la vie sauvage, ne peuvent que produire, chez eux, les effets qu'elles produisent sur toutes les hordes qui sont dans une position semblable. Suivant Ellis, ces peuplés sont rusés, traîtres, soupçonneux , rampans et cruels (3). Leurs mœurs, suivant Charlevoix , sont aussi barbares et aussi féroces, que celles des loups et des ours dont leurs déserts sont remplis : ils ne diffèrent des brutes

(1) Robertson's History of américa, b. iv, vol. II, p. 128 et 129. em

(2) Traité delà Propriété, ch. rx, tomel, p. 117 et 118.

(3) Ellis, Voyage à la baie d'fïudson, p. 181.

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