LITRE III, CHAPITRE XVII
que par la figure (1). Ils profitent, ditMackensie, de toutes les occasions pour attaquer ceux qui sont hors d'état de se défendre; joignant la perfidie à la cruauté, ils tombent à l'improviste sur les hommes auxquels ils ont juré amitié, et les massacrent (â).
Les ressources qu'offre la chasse aux peuples les plus voisins des Esquimaux, ne sont guère moins incertaines que celles qu'offre la pêche ; quelquefois même elles le sont davantage. Les animaux herbivores , les seuls qui présentent aux hommes des alimens considérables , vont presque toujours par troupe. Il faut quelquefois, pour en rencontrer quelques-uns , qu'une horde de chasseurs parcoure un espace de dix ou douze lieues (3). Souvent même elle parcourt, pendant trois ou quatre jours , un espace immense de pays , sans atteindre un seul animal dont elle puisse se nourrir (4). Les peuples chasseurs finissent par contracter, comme les bêtes de proie, l'habitude de passer plusieurs jours sans manger, ou de se contenter d'une quantité d'alimens ex-
(1) Charlevoix, Nouvelle-France, tomell, liv.
(2) Mackensie, premier voyage , tome II, «h. v, p, 59.
(3) Lewis et Clarke, Voyage à l'océan Pacifique, chap. v, pages 84 et 85. — HdËnepin , Description de la Louisiane , p. 121.
(4) Hearne , Voyage à l'océan du Nord , ch. 11, iv et ix , p. 12, 1 3, a3, 64, 65, 66 et 307. — Weld, Voyage au Canada, tome III, ch. iv, p. 49. — Hennepin , mœurs des sauvages de la Louisiane , pages 1 4 et î 5.
trêmement bornée (4). S'ils ont le bonheur de rencontrer et de cerner une troupe d'animaux, ils égorgent tous ceux qu'ils peuvent atteindre , et chacun dévore alors autant de viande que son estomac peut en contenir. Un sauvage qui a long-temps supporté la faim, consomme autant d'alimens que pourraient en consommer six hommes de bon appétit. Parmi eux , il est également honorable de savoir soutenir une longue abstinence, et de manger avec excès (2).
Les peuples qui vivent de chasse ou de pêche, étant exposés à des disettes ou même à des famines fréquentes, prennent l'habitude de se nourrir d'alimens grossiers et repoussans. Les indigènes du nord de l'Amérique , quand la chasse et la pêche n'ont rien produit, mangent de l'écorce de certains arbres, de la mousse bouillie, de l'herbe, du poisson pourri, et des vers (3); ils mangent leurs souliers et les peaux dont ils font commerce, même quand elles sont à demi pourries ; ils mangent la vermine qui les
(ij Charlevoix, Nouvelle-France , tome I, liv. 1 , p. 5i. — De^Humboldt, Nouvelle-Espagne, tome III, liv. iv, ch. ix. p. 32 et 46. i
(2) Lahontan, Voyage dans l'Amérique septentrionale, tome II, p. 144. — Hearne, ch. iv, p. 6# — Volney, Tableau du climat et du sol des Etats-Unis, tome II, p. 445 et 446» — La Pérouse , tome IV, p. 59.
(3) Charlevoix, Nouvelle-France, tomll, liv. vin, p. 11 5. —r Mickensie , deuxième Voyage, tome I, p. 298 , et t. III, ch. fxf p. 126. — Hearne, ch. ix, p. 3o5.