‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 143 sur 276 · LITRE III, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LITRE III, CHAPITRE XVII

couvre et les insectes qui s'attaçhent à la peau des animaux ; enfin , quand ils n'ont pas d'autres ressources , ils mangent leurs propres enfans ou se dévorent entre eux (4).

Une peuplade chez laquelle il n'existe qu'une seule profession pour tous les hommes, et chez laquelle les propriétés individuelles sont fugitives et peu considérables, ne connaît pas d'autre inégalité que celle qui résulte de la force ; elle n'a besoin de chef que dans le moment où il est question d'agir en commun, soit pour l'attaque, soit pour la défense. Lorsqu'une horde de sauvages se prépare à environner la proie qu'elle a longtemps poursuivie, ou à surprendre un peuple avec lequel elle est en guerre, elle se soumet à la direction de celui de ses membres qu'elle a reconnu pour le plus habile, chasseur ou le plus habile guerrier. La subordination est alors aussi parfaite, la soumission aussi entière que dans l'armée la mieux disciplinée ; chacun fait dépendre son intérêt individuel de l'intérêt général , avec un dévouement sans réserve (â).

Hors de ces occasions, il n'existe chez ces peuples aucune autorité commune : un homme qui commande en maître à ses femmes et à ses enfans, n'a aucune autorité sur les personnes qui ne

(1) Ellis , Voyage à la baie d'Hudson, p. 25o et 25 1. — Mackensie, premier Voyage, tome II , ch. vu, p. 148 et 149. — Hearne, ch. 11 , vi , vu et ix, p. 3a, 33 , i5i , i52 , 186 3o2 et 3o3. — Hennepin, p. 296 et 297,

(2) Hearne, ch. iv, p. 42.

font pas partie de sa famille (4 ). Ses enfans même ne lui obéissent qu'aussi long-temps qu'ils dépendent de lui pour leur subsistance : . dès qu'ils ont la même adresse ou la même force que lui , ils sont ses égaux (â). Les délibérations que prennent les membres de la peuplade , soit pour aller à la chasse, soit pour attaquer un ennemi, n'obligent personne : tout individu qui les désapprouve, est libre de ne pas s'y conformer (3). Enfin , les hommes qui dirigent les expéditions, et que, par cette raison, nous considérons comme les chefs, n'ont ni une meilleure cabane, ni de meilleurs vêtemens, ni de meilleurs alimens que les autres membres de la tribu. S'il leur arrive d'être mieux pourvus, c'est en vertu de leur force individuelle , et non en vertu de l'autorité dont ils sont revêtus (£). Il n'existe donc, dans le sein d'une peuplade, aucune autorité pour terminer les différends qui peuvent s'élever entre

(1) Hearne, ch. vi et vin, pag. i53 et 268. — • La Pérouse, tome IV, pages 61 et 62. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, tome II, ch. iv , p. 83 et 84. — Azara, tome II, ch. x, pages i5 , 54 et 62. — Bougainville, première partie» ch. vin , tome I, p. 166.

(2) Lahontan, tome II, p. 1 10. — Weld , tome III , chapitre xxxv, p. n5. — Hearne, ch. ïx. p. 3ai. — Hennepin, Mœurs des sauvages de la Louisiane, p. 53.

(3) Charlevoix, Nouvelle-France, tome III, p. 266 et 267. — Robertson's History of America*, tome II, b. iv , p. i34 et i35.

(4) Robertson, vol. II, b. iv , p. Î82 et i33. — Azara , tome II, ch. x p. 62.

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