LIVRE III, CHAPITRE XVII
les membres dont elle se compose : chacun se fait justice comme il peut (i).
Chez ceux de ces peuples qui sont les moins avancés et % qui sont habituellement en état de guerre, les chefs sont électifs. Les hommes qui montrent le plus de force à supporter les maux attachés à la vie sauvage , sont ceux sur lesquels les suffrages se réunissent. Le candidat qui supporte le plus long-temps les douleursklela faim, les morsures des insectes, la fumée dont leurs cabanes sont habituellement remplies , est donc assuré d'être élu, s'il possède d'ailleurs les talens que la* guerre et la chasse exigent (2). Chez les peuplades qui ont fait un peu plus de progrès, et chez lesquelles la terre a commencé à être divisée en propriétés particulières , il existe des chefs dont l'autorité est héréditaire ; mais cette autorité se réduit à quelques légères marques d'égards ou de déférences. Les hommes qui en sont revêtus, n'ont en réalité aucun comman-
(i) Robertson observe que le gouvernement des indigènes du nord de l'Amérique , a pour objet les affaires étrangères bien plus que les affaires domestiques; et son opinion est fondée sur le témoignage de presque tous les voyageurs qui ont \écu chez ces peuplés. Cependant, puisque les chasses et les pêches se font en commun , puisque c'est également en commun que la terre est cultivée et que c'est dans des magasins publics que les produits en sont déposés , n'a-t-il pas fallu une autorité quelconque pour faire la distribution ou le partage , soit du gibier , soit du maïs ? Mais peut-être les repas se font-ils aussi en commun.
(a) Raynal, tome VII, liv. xm, p. a5.
S>oO TRAITÉ DE LÉGISLATION.
dément ; ils sont obligés de travailler comme les autres s'ils veulent vivre, et ne sont pas mieux pourvus que ceux qui ne jouissent d'aucune autorité (4
Les peuples du nord, qui errent sans cesse dans des forêts immenses à la poursuite du gibier, qui n'ont pour vêtement que; quelques peaux d'animaux, pour logement que de. misérables cabanes faites de terre et de branches d'arbres , et pour alimens que les produits de la chasse et de la pêche , ne peuvent être soumis à l'oppression méthodique d'un homme ou d'une famille ; on se tromperait cependant si l'on s'imaginait qu'il se commet chez elles moins d'actes d'oppression ou de violence, qu'il ne s'en commet chez les peuples moins barbares du sud: il existe chez ces peuples un genre d'inégalité dont rien ne tempère les effets : c'est de la force.
Ces peuplades , ne se livrant à aucun genre de culture , nê connaissent pas d'autre propriété individuelle que les armes, les vêtemens et les ornemens que chacun possède ; les femmes ellesmêmes sont considérées comme les propriétés de leurs pères ou de leurs maris. Les armes d'un sauvage sont pour lui sans prix, puisque s'il vient à les perdre , il court risque de mourir de faim ; ces propriétés sont cependant peu respectées , et les forts se font rarement scrupule de dépouiller les faibles. Une troupe de chasseurs
(i) Azara, tome II, ch. x; p. i5 et 62.