LIVRE III, CHAPITRE XVII
qui en rencontre une autre moins puissante, lui enlève non-seulement le gibier qu'elle a tué , les peaux dont elle a fait provision , mais ses instrumens de chasse et de pêche, ses filles et ses femmes (4). Si un chef vient à mourir, laissant de» enfans moins vigoureux que lui , les propriétés* qui lui ont appartenu, passent à ceux de ses compagnons qui ont assez de force pour s'en emparer (â). Si un individu possède une chose qui tente un homme plus fort que lui , celui - ci l'en dépouille et s'en empare (3) ; quelquefois aussi celui qui convoite une chose qu'il ne peut obtenir par un simple acte de violence , s'en rend maître au moyen d'un assassinat (Â). •
Les femmes sont les propriétés que les chasseurs du nord se disputent le plus fréquemment. Celui qui convoite la femme dont un autre est en possession, le provoque à la lutte, et, S'il est vainqueur, la femme lui appartient. Si celui dont la femme est convoitée , ne la cède pas volontairement aussitôt qu'il est renversé , ses amis et ses parens lui représentent les dangers auxquels il s'expose par une plus longue résistance , et Rengagent à se soumettre à la nécessité. Un homme doué d'une grande force possède quelquefois sept,
(1) Hearne, ch. y et-vm, p. 116, i55 et i65.
(2) Volney, Tableau du climat et du sol des Etats-Unis^, tome II, p. 45 1.
(3) Cook, troisième voyage, tome V,liv. iv, ch. 1, p. /45L
(4) Hennepin , p. ao5 et 206. — Lewis et Clarke, ch. xm* f . 2 SX
ou huit femmes , tandis que les hommes les plus faibles n'en ont aucune. La force musculaire ne décide cependant pas toujours de la propriété des femmes ; il arrive souvent que l'homme qui veut conserver celle qu'il a, ou reprendre celle qu'on lui a ra vie, poignarde l'individu qu'il croit n'avoir pas la force de vaincre à la lutte ; quelquefois aussi le ravisseur assassine le premier possesseur, afin de n'avoir plus rien à craindre de lui. Les plus forts s'emparent des subsistances des plus faibles, comme ils s'emparent de leurs femmes : ils considèrent comme un honneur de vivre aux dépens de ceux qui n'ont pas le ruoyen de se défendre (i ).
(1) Hearne ch. v, p. 97, 98 , 99, 100, 101 et 104. — Mackensie, deuxième Toyage, tome II, chap. 11, p. 196 et 196. — Des hommes qui ont si peu de respect pour les propriétés de leurs compatriotes , doivent en avoir moins encore pour celles qui appartiennent à des étrangers ; aussi se montrentils généralement très-disposés et très-habiles à s'emparer de ce qui les tente. « Nous avions déjà éprouvé, dit La Pérouse, en parlant de ceux de la côte nord-ouest , que les Indiens étaient très-voleurs; mais nous ne leur supposions pas une activité et une opiniâtreté capables d'exécuter les projets les plus longs et les plus difficiles : nous apprîmes bientôt à les mieux connaître. Ils passaient toutes les nuits à épier le moment favorable pour nous voler ; mais nous faisions bonne garde. . . Bientôt, ils m'obligèrent à lever l'établissement que j'avais sur l'île : ils y débarquaient du côté du large; ils traversaient un bois très-fourré dans lequel il nous était impossible de pénétrer le jour, et, se glissant sur le ventfe comme des couleuvres , sans remuer presque une feuille , ils parvenaient, malgré nos sentinelles, à dérober quelques-uns de nos effets : enfin, ils eurent l'adresse d'entrer la nuit dans la