‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 147 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVII

enfans. Les chefs eux-mêmes ne sont pas épargnés ? et tombent sous le poignard Se ceux qui croient avoir reçu d'eux l'offense la plus légère. Souvent des hommes s'enivrent dans la vue secrète de se livrer avec impunité à leur vengeance, et dans l'espérance qu'ils seront plus facilement excusés. Les meurtres commis dans l'ivresse excitent, en effet, un ressentiment moins profond que ceux qui sont commis de dessein prémédité; cependant ceux-là mênie sont souvent punis par les représailles (1). La passion de la vengeance

(i) Un chef de sauvages du Canada s'étarit enivré, en rencontra un autre contre lequel il portait, depuis vingt-deux ans, un sentiment de vengeance. Se voyant seul, il profita de l'occasion et le tua. Le lendemain toute la famille en armes demanda sa mort. Il vint au fort Miami , dit Volney, trouver le capitaine Marshal, commandant , de qui je tiens le fait, et lui dit : « Qulls veuillent me tuer, cela est juste ; mon cœur a » éventé mon secret : la liqueur m'a rendu fou ; mais tuer » mon fils comme ils l'en menacent, cela n'est pas juste. Père, » voyez si cela peut s'arranger. Je leur donnerai tout ce que » je possède : deux chevaux, mes bijoux d'or et d'argent, mes » plus belles armes ; excepté une paire. S'ils ne veulent pas » accepter, qu'ils prennent jour et lieu; je ma rendrai seul et « ils me tueront. » Tableau du climat et du sol des Etats- Unis, tome II, pages 458 et 45g. — Voyez Charlevoix, Nouvelle-France, tome III, liv. xv,p. 180 et 181. — J. Long, ch. vu, vin, x etxi, p. 97, 99, 111, 12$, i63 et 197. — Ellis, pag. 242. — J. F. D. Smith, tome I, ch. xxiv, pag. 93 et 94. — Weld , tome III, ch. xxxv, p. 116. — Dampier , tome I ch. 1, p. 14. — Ulloa, Discours philosoph. dise, xvn , p. i5f 16, 17 et 19. — Robertson's, History of America, vol. H? h. iv, p. i52, et note 38, p. 3§8.

n'est point particulière aux nations du nord de l'Amérique f elle est commune à toutes les peuplades de ce continent qui appartiennent à la même espèce , et qui fle jouissent d'aucune garantie sociale , depuis celles qui habitent au-delà de la baie d'Hudson jusqu'à celles qui habitent sur le golfe du Mexique ; chez celles qui habitent sur la côte de l'ouest , comme chez celles qui vivent sur les côtes de l'est (i ). Nous verrons plus loin cependant que cette passion se prononce d'une manière moins énergique chez les peuples qui vivent sous un climat doux , que chez ceux qui vivent sous un climat rigoureux.

Il n'y a point de peuple qui soit plus habile qu'eux dans l'art de tromper : s'ils ont reçu une injure , ils la dissimulent avec un art profond > jusqu'au moment où l'occasion de se venger se présente. C'est à l'instant même où ils méditent une trahison ou un assassinat , qu'ils se montrent prévenans et flatteurs. Ils portent la dissimulation à un excès incroyable : ils mettent en usage les fausses caresses et les fausses larmes avec une égale facilité (2). Ils sont aussi menteurs , aussi

(1) Lahontan, tome IL p. 102. — Charlevoix, N.-F., t. IV, liv. xix, p. 7. — Michaux, ch. xvn, p. 175 et 176. — Stedman,tomeII,ch. xiv, p. 92 et 93. — Depons, tome III, ch. x, pages 112 et 1 13. — Ulloa, tome II, p. 19. — Raynal, t. V, liv. x, page 256. — Coot, troisième Voyage, tome Y, liv. iv, ch. 11, p. 119.

(2) Charlevoix, Nouvelle-France, tomel, liv. v, page 285 ; tome II, liv. m,pag. 81 et 82. — Hennepin, page 227. — J.

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