‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 155 sur 276 · LIVRE IU, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IU, CHAPITRE XIX

dues de l'enceinte où se célèbrent les cérémonies religieuses ; mais elles chantent et dansent autour 0). Elles préparent les alimens des hommes, mais il ne leur est point permis de manger avec eux ; les femmes mêmes des chefs ne peuvent manger qu'après que tous les hommes* sans en excepter ceux qui leur sont attachés comme domestiques, ont pris ce qui leur convient. Elles ne peuvent soustraire quelque partie des alimens qu'elles préparent, sans s'exposer aux châtimens les plus sévères (2). Dans les temps de disette , elles ne sont comptées pour rien , et quelquefois elles meurent de faim avant que les hommes se soient imposé aucune privation. Un homme se croirait en quelque sorte déshonoré s'il buvait dans la même coupe que sa femme, ou si, quand il est assis r elle lui passait par-dessus les jambes (3).

Il est , pour les femmes parvenues à leur puberté, certaines époques auxquelles il leur est interdit d'habiter dans les mêmes tentes que les hommes. Aussi long-temps qu'elles sont dans un tel état , elles ne peuvent ni toucher aux -armes ou autres ustensiles des hommes , ni approcher des lieux où ils font la chasse ou la pêche , ni même les suivre de loin dans le même sentier. Non-seulement les maris les considèrent comme

(1) Mackensie , premier Voyage, tome I, p. 252.

(2) Hearne, ch. iv, p. 85. — Raynal, t, V, liv, x, p. 253.

(3) Ellis, p. 144 et 245.

impures , mais ils s'imaginent qu'elles communiquent leur souillure à ce qu'elles touchent (i). Chez certaines peuplades , un mari qui a approché de sa femme y depuis vingt-quatre heures , même quand elle est dans son état ordinaire^ se considère comme souillé , et n'oserait se permettre de toucher un calumet. C'est surtout après leur accouchement que les femmes sont considérées comme impures ; ' leur état d'impureté dure trente jours si elles sont accouchées, d'un garçon , et quarante jours ou six semaines , si elles sont accouchées d'une fille. Pendant ce temps , elles sont reléguées dans une cabane loin des hommes ; et si la peuplade est en marche , elles sont obligées de la suivre de loin (^.'L'avilissement dans lequel les femmes sont plongées, se manifeste par l'aspect même qu'elles présentent : elles sont d'une saleté dégoûtante y même chez les peuplades où les hommes ont un extérieur propre et décent (3).

Comme chez les Romains , un père se considère comme le propriétaire de sa fille : il la marie ou pour mieux dire il la vend , sans consulter ni son goût ni sa volonté ; les présens qu'il reçoit

(1) Hearne, ch. ix, p. 291, 292 et 293. — Mackensie, t. ï, p. 289 et 290. %

(2) Lahontan, tome II, p. i38et 139. — Hearne, ch. iv, p. 86 et 87.

(3) Mackensie, deuxième Voyage , tome II, ch. 1, p. 161 et 162.

(7|) J. Long, ch. xiii, p. 248. — Hennepin, p. 38.

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