‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 156 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIX

de l'homme auquel il la livre 7 ne sont que. le prix qu'il y a mis. Dans l'état sauvage, un homme n'est pas capable de procurer des moyens d'existence à une famille , avant d'avoir atteint l'âge de trente-cinq ou quarante ans; ce n'est donc qu'à un homme de cet âge qu'un père consent à donner sa fille. En la mariant, il en reçoit le prix , et il se décharge du soin de la nourrir : il la marie, en conséquence, à l'âge de dix ou douze ans, quelquefois même beaucoup plus tôt (A). Quelquefois un père, au lieu de vendre sa fille , la loue pour un certain temps ; car, quelque peu nombreuses que soient ces peuplades , la prostitution n'y est pas* rare ; les femmes y sont livrées dès l'âge le plus tendre , et ce sont ordinairement les parens qui en sont les agens (2).

Un homme peut posséder autant de femmes qu'il a le moyen d'en acheter ou d'en ravir : car la polygamie est usitée, sans restriction, chez toutes les peuplades cuivrées de l'Amérique. La pluralité des femmes est, chez ces peuples, comme chez tous ceux où elle est en usage , un privilège de la puissance. Un chef doué d'une grande force ou d'un talent particulier pour la

(1) Hearne, ch. ix, p. 289. — Mackensie, 1. 1, p. 289.

(2) Hearne, ch. v, p. 99, 121, 122 et 123. — Mackensie, tome I,p. 289. — Lahontan, tome II, p. i43. — Weld, t. III, ch. xxxiii, et xxxiv, p. 21 et 61. — Lewis et Clarke , ch. vi, p. 108; et ch. xviii, p. 299. — Fleuri eu, Voyage du capitaine Marchand, tome II, ch. v, p. 173 et 198. — Hennepin, p. 34, 35 et 36. — Azara, tome II, ch. x, p. 60. •

chasse pu la pêche , en possède quelquefois huit, dix et jusqu'à douze. Il n'y a, à cet égard, aucune différence entre les nations qui vivent sous le climat le plus froid et celles qui vivent sous le climat le plus chaud ? si d'ailleurs elles se trouvent au même degré de barbarie. Les chefs des tribus qui vivent au-delà du soixante-cinquième degré de latitude boréale , sur un soi couvert de neige pendant neuf mois de l'année, en ont un aussi grand nombre que ceux qui vivent sous le trentième (4). Plusieurs n'en ont que deux ou trois; mais, comme il ne paraît pas que le nombre des femmes excède celui des, hommes, quelques-uns sont réduits à s'ien passer , et la plupart à n'en avoir qu'une (2). La polygamie est en usage sur les côtes de l'Ouest , comme sur les côtes de l'Est , et dans l'intérieur du continent (3).

L'usage de la polygamie fait que la parenté est rarement chez ces peuples un obstacle au mariage. Un homme est en même temps le mari de deux ou trois sœurs ; chez quelques tribus , celui

(1) Hearne,chap. iv etv, pag. 83, 88, 117, 118 et 122. — Mîtckensie, deuxième Voyage, tome II, p. 204 ; et tome III, p. 268. — Charlevoix, Nouvelle France, tome II, liv. viii? p. 11 5. — J. Long, ch. x, p. 180. — Hennepin, p. 37 et 38.

Depons, tome I, ch. iv, p. 3o4"et 3o5.

(2) Mackensie, deuxième Voyage, tome III, ch. xn p. 268. — Charlevoix, 1. 1, p. /43;etliv. 3, p. 1-94. — Hennepin, p. 33.

(3) La Pérouse, tome II, ch. xi, p. 3o3; et tome IV, p. 61 — •Dauxion. — Lavaysse, tome I, ch. vi, p. 344-

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