‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 157 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XIX. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIX. 3oi

qui épouse l'aînée, peut exiger toutes les sœurs cadettes. L'homme qui perd sa femme, épouse sa bellè-sœur ; la femme qui perd son mari, est épousée par un de ses beaux-frères(-l). Il est des peuplades chez lesquelles un homme devient le mari de sa sœur, où un père épouse sa fille, un fils sa propre mère (2).

Les indigènes de l'Amérique , quoiqu'ils épousent plusieurs femmes, sont loin d'être passionnés pour elles; ils sont, au contraire, à leur égard ,# d'une indifférence complète. Soit que la facilité de satisfaire leurs passions naissantes en prévienne l'énergie , soit que les misères de l'état sauvage contre lesquelles ils sont obligés de lutter sans cesse , en empêche le développement, soit que l'avilissement des femmes détruise leur empire, les hommes n'ont pour elles aucune affection : chez eux, l'amour dans sa plus grande force porte à peine les caractères d'une simple bienveillance (3). Ils les considèrent comme des propriétés qui ont plus ou moins de valeur, selon qu'elles leur sont plus ou moins utiles ; l'estime qu'ils leur accordent n'est qu'en raison des travaux qu'elles peuvent exécuter (A). Ils les échan-

(1) Hearne, ch. v, p. 122. — Lahontan , tome II, p. 141. — Hennepin, p. 37 et 38.

(2) Hearne, p. 122 et 123.

(3) Lahontan, tome II, p. i3oet i3i. — Azara, tomell^ ch. x, p. 60; — Raynal, tome VIII, liv. xv, p. 36 et 37.

(4) Hearne, ch. v, p. 104. — Mackensie, premier Voyage tome I, p. 239.

gent,ilsles vendent, ils jouent leurs faveurs ; enfin, ils disposent d'elles comme <ies plus vils animaux (i) .Dans les luttes qu'ils selivreiît entre eux pour se disputer leur possession > elles attendent patiemment que la force ait décidé à quel maître elles appartiendront. Quelle que soit leur répugnance pour le vainqueur ou leur affection pour le vaincu > elles sont obligées de renoncer à celui-ci, et de s'attachera celui-là (2).

Les hommes n'aspirent à posséder plusieurs femmes que pour se décharger d'une partie des travaux inséparables delà vie sauvage : aussi donnent-ils toujours la préférence à celles qui peuvent traîner ou porter les plus lourds fardeaux (5).

(1) Mackensie, tome I, p. 282. — Hearne, ch. v, p. 121 — Depons, tome I, ch. iv, pag. 3o5 et 3o6. — Charievoix, Nouvelle-France, tomel, iiv. m, p. 194. — La Pérouse, tome II, ch. xi, p. 307.

(2) « Je n'assistais jamais à un de ces combats, dit Hearne, sans ê^e vivement ému de voir l'objet de la querelle, attendant dans un morne silence ce que le sort déciderait d'elle , tandis que son mari la disputait à son rival. A la pitié que je ressentais pour la pauvre victime, se joignait la plus vive indignation quand je la voyais passer entre les mains d'un homme qu'elle haïssait peut-être mortellement. La répugnance qu'éprouvent alors ces malheureuses à suivre leurs nouveaux maris, va quelquefois si loin que ceux-ci ont recours à la violence envers elles. J'ai vu plusieurs de ces infortunées mises absolument nues, et amenées de force à leur nouveau logement. » Ch. v, p. 100 et 101. — Cet usage de lutter, pour la propriété des femmes, a lieu chez toutes les tribus du nord, ibid. p. 90.

(3) Hearne , ch. îv, p. 83.

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