LIVRE III, CHAPITRE XIX. 3o
Dans les contrées on l'agriculture a fait les premiers pas , ce sont les hommes qui donnent au terrain la première préparation, parce qu'eux seuls ont pour cela une force suffisante ; mais , cela fait , ils ne se mêlent plus de rien : les travaux agricoles sont à la charge des femmes; les hommes vont à la poursuite du gibier ou de leurs ennemis (4). Dans leurs expéditions de chasse ou de pêche , ils se font même suivre par une partie de leurs femmes , et les chargent de préparer leurs alimens , de dresser leurs tentes , de porter leurs provisions , le gibier, les fourrures, et tout ce qui pourrait les embarrasser dans leur marche- (2). Tandis qu'elles sont accablées sous les fardeaux, les hommes , qui doivent toujours être prêts au combat, marchent libres devant elles, sans autre embarras que leurs armes (5) ; quelquefois même ils sont à cheval , tandis qu'elles portent le bagage sur leur dos , et
(1) J. F. D. Smith, tome I, ch. xxv, p. 97. — Volney, Tableau etc. tome II, p. 45i. — Larochefoucault , tome I, pag. 266 et 267. — Hennepin, p. 36. — Dampier , tome I, ch. 1, p. 14.
(2) Hearne , ch. m, iv et v, p. 52, 84, 99 et 1 18. — Mackensie, premier Voyage, tome I,p. 241 et.242 ; et deuxième Voyage, tome II, ch. 11, p. 200 et 201. — Hennepin, p. 36. — Robin , tome II, chap. iv, page 372 et 873. — J. Long, ch. xii , p. 25o et 25 1.
(3) Mackensie, deuxième Voyage , tome II, ch. 11, p. 200 et 201.— Dauxion, — Lavaysse, tome I, ch. vi, pag. 127 , 33o et 33i.
3o4 TRAITÉ DE LÉGISLATION.
leurs enfans pardessus (4).? L'état de grossesse ne suspend point les travaux auxquels elles sont condamnées : elles les continuent jusqu'au moment de leur accouchement, et les reprennent presque immédiatement après (â).
Si, dans leurs expéditions lointaines, les hommes jugent que les femmes qu'ils ont amenées ne leur sont plus nécessaires ou sont un obstacle à leurs desseins, ils les abandonnent au milieu des forets et des neiges , comme une armée ses bagages. Les cris lamentables qu'elles poussent, dans la crainte de s'égarer et de périr de froid ou de misère , loin d'exciter l'intérêt de leurs pères, de leurs frères ou de leurs maris, n'interrompent pas même leur joie; si quelques-uns laissent apercevoir quelques regrets , c'est seulement en faveur des plus jeunes enfans qu'ils abandonnent avec les mères (3).
Les femmes , dans un tel avilissement , ne peuvent se permettre de manifester une volonté ; au premier signe de leur mari, elles doivent obéir : la moindre observation, la plus légère résistance , seraient punies de châtimens cruels ou même de la mort (A). L'obéissance doit être absolue , quel que soit l'ordre qui leur est donné,
(1) Weld, tome m, chap. xxxv, p. 137 et i38. — Àzara, t. II, ch. x, p. 17* *
(2) Hearrie, chap.'iv, p. 86. — Hennepin, p. 18.
(3) Heàrne , chap. v, p. 107.
(4) J. Long, ch. xm, p. i5o. — Hcarne, ch. vin, p. 2/l(>. — Mackcnsic , premier Voyage^ tome I, p. 282.