‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 16 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE III. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III. 5l

En considérant le genre humain dans son ensemble, on peut dire que tous les individus dont il se compose sont formés pour tous , mais qu'aucun n'est spécialement fait pour un autre. Les femmes ne sont pas plus faites pour les hommes, que les hommes ne sont faits pour les femmes ; les enfans pour les pères, que les pères pour les enfans; les domestiques pour les maîtres, que les maîtres pour les domestiques. Dans toutes les positions, il se fait un échange de services qui n'est équitable qu'autant que les intérêts de tous sont également respectés; et ce qui fait qu'on tombe si souvent dans l'erreur, c'est la tendance qu'ont, dans la société, les classes les plus influentes à se considérer comme la fin à laquelle tout doit aboutir. Chacun entend par la prospérité de l'espèce, la prospérité de sa caste ou des hommes qui occupent le même rang que lui.

Les gouvernemens se considèrent souvent aussi comme le but pour lequel les nations existent ; ils n'admettent de développement chez elles, que dans la mesure de leur intérêt; ils tâchent de restreindre l'existence de chaque per-

tion influe généralement sur le sort des autres parties; mais il peut très-bien arriver que certaines classes de ia société vivent dans l'abondance , possèdent de riches ameublemens, de belles maisons et des campagnes agréables , tandis que d'autres classes vivent dans la misère, sont mal vêtues, et habitent de misérables huttes. J'aurai occasion d'en faire voir plus d'un exemple.

sonne à ce qui leur est nécessaire pour les fins qu'ils se proposent ; ils agissent sur les facultés des hommes qui leur sont assujettis, par tous les moyens qui sont en leur puissance , et leur action a toujours pour but de maintenir ou d'étendre leur domination.

Ils ne préviennent pas le développement matériel des organes physiques, mais ils en empêchent l'application ; ils ne font pas mutiler , par exemple, les mains des citoyens, mais ils empêchent qu'ils n'en fassent usage pour exploiter tel ou tel genre d'industrie, pour manier des armes, ou pour se livrer à des exercices qui développeraient leurs forces et leur adresse, accroîtraient leur courage, leur donneraient de la sécurité, et assureraient leur liberté et leur indépendance; ils ne les privent pas de la vue, mais ils leur interdisent de l'appliquer à l'étude de certains objets qu'ils se croient intéressés à tenir cachés , à l'étude de la physique, de l'astronomie, du corps humain, ou de toute autre science.

L'action qu'ils exercent sur l'intelligence a pour but delà fausser ou d'en arrêter le développement ; ils la faussent en répandant des notions erronées, ou en propageant certains mensonges; ils en empêchent le développement en interdisant d'en faire usage dans l'étude de l'histoire , de la morale, de la politique, ou dans d'autres études propres à éclairer les hommes sur leurs intérêts.

Enfin, ils agissent sur leurs facultés morales ,

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