LIVRE III , CHAPITRE XIX. OO
Quelques voyageurs cependant ont fait l'éloge de leur fidélité et de leur attachement à leurs maris; suivant Lahontan, elles aimeraient mieux être mortes que d'avoir commis un adultère (i) ; et, au jugement de Weld, il n'y a pas de nation sur la terre où les femmes mariées soient plus chastes et plus dévouées à leurs maris (2). Cet attachement et cette fidélité devaient paraître à ces deux^oyageurs d'autant plus extraordinaires, que, chez les mêmes peuples, ils ont trouvé les femmes non mariées extrêmement licencieuses. Le premier dit que les filles sont folles, et que les garçons font souvent des folies avec elles (3); le second attribue la lenteur des progrès de ces peuples dans la population, à la conduite de leurs femmes. « L'usage pernicieux où elles sont, dit-il, de se prostituer dès l'âge le plus tendre , ne peut manquer de corrompre les humeurs et de contribuer à leur stérilité (A). » Cette différence , entre la conduite des filles et la conduite des femmes, s'explique aisément..
On a vu précédemment qu'il n'y a pas de peuples plus habiles dans la dissimulation et la perfidie que les indigènes du nord de l'Amérique : ils savent cacher leur haine sous les apparences de la bienveillance ; il sont bas et flatteurs
(i) Lahontan, tome II, p. i3a et 137.
(a) Weld, tome II, ch. xxn, p. 53.
(3) Lahontan, tome II, p. i32.
(4) Weld, tome III, ch, xxxiv, p. 6 1 .
quand , par ce moyen, ils peuvent obtenir ce qu'ils ne sauraient acquérir par la force ; et en fait d'artifices et de fausseté, les femmes surpassent les hommes. Sans cesse environnées de dangers , exposées aux traitemens les plus cruels ou même à la mort pour le moindre sujet de plainte , il est naturel qu'elles cherchent à paraître soumises et dévouées , quels que soient leurs sentimens secrets. Aussi, toutes Us fois que la crainte qu'elles éprouvent habituellement, vient à s'affaiblir, elles se montrent sous un aspect tout différent.
Les mêmes femmes auxquelles on a prodigué des éloges quand on ne les a vues que sous l'influence de leurs maris , manifestent une licence effrénée et montrent la grossièreté des brutes, aussitôt qu'elles croient n'avoir rien à craindre (4 ). Il suffit même quelquefois que leur mari soit à une petite distance, pour qu'elles accourent avec empressement vers les étrangers , et qu'elles remplacent un air sévère et farouche par des avances trop expressives pour qu'il soit possible de se méprendre sur l'intention (â). Si un mari s'absente, sa femme le remplace ordinairement par un autre qui exige la même soumission et exerce sur elle la même tyrannie (5). La répudiation , si
(1) Hearne, ch. v, p. 118 et ny.
(2) Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, t. II, ch. i*> p. 96 et 97. — La Pérouse , tome II, ch. ix, p. 228.
(3) Mackensie , deuxième Voyage, tome II, ch. n, p. 199 et 200.