‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 162 sur 276 · LIVRE IH, CHAPITRE XIX. 5ll · texte numérisé non relu

LIVRE IH, CHAPITRE XIX. 5ll

commune chez les peuplades les plus élevées dans le nord, n'a pour cause que la mauvaise conduite, le libertinage , l'antipathie mutuelle des époux (4). La haine des femmes pour leurs maris est quelquefois si forte qu'elle se porte sur les enfans , et qu'elle est une des causes pour lesquelles elles se font avorter (â). Les hommes qui vivent sous un climat très - rigoureux , étant exposés à plus de peines et de fatigues que ceux qui vivent sous un climat tempéré , contractent un caractère plus dur envers les êtres qui les environnent. Leurs femmes sont donc obligées à plus de ménagemens , à plus d'hypocrisie ; mais elles ont moins d'affection pour eux, et n'ont pas des mœurs plus pures que les femmes du sud (3).

Les rapports qui existent entre les parens et leurs enfans , sont moins durs que ceux qui existent entre les époux ; un homme est ordinairement moins brutal envers son fils ou envers sa fille, qu'il ne Test envers sa femme. Mais les difficultés que présente l'état de chasseur ou de pêcheur sous un climat rigoureux , rendent la condition des enfans très-misérable , et en font périr un grand nombre. La saleté qui les couvre ou les environne , le mauvais air qu'ils respirent dans

(1) Hearne, ch, ix, p. 290 et 291.

(2) Mackensie, premier Voyage, tome I, p. 241 et 242

(3) Mackensie, deuxième Voyage, tome III, ch. xn, p. 268. -r-Lewis, et Clarke, ch. xviii., p. 29g. — Charlevotx, N.-F., tome III, liv. xm , p. 23. — Hennepin, pages 34 et 35. — Azara ; tome II, ch. xv, p. 293.

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les cabanes , la difficulté de leur donner des alimens appropriés à leur âge , le défaut de traitement ou de soin dans leurs maladies , les tortures que , chez quelques peuplades , les parens leur font éprouver pour leur façonner la tête ou les membres , produisent chez eux une grande mortalité (1). Cependant , les mères prennent soin d'eux autant que le leur permettent les travaux dont elles sont accablées , l'inclémence des saisons, une privation habituelle d'alimens, et une ignorance complète des moyens de les traiter; lorsqu'elles les perdent y elles en manifestent quelquefois de vifs regrets ? quoiqu'il ne soit pas toujours difficile de les consoler (2).

Mais les pères dont l'attention et le temps sont absorbés par les travaux et les dangers de la vie sauvage, ne paraissent s'intéresser à leurs enfans que faiblement, surtout à ceux qui n'appartiennent pas à leur sexe. Lorsque leurs femmes sont accouchées , ils restent un mois ou six semaines sans les voir, ni elles, ni leurs enfans; la raison

(1) Charlevoix , Nouvelle-France , t. II, liv. viiu, p. 118; et liv..ix, p. 228. — George Dixon, tome II, p. 12 et i3.

(2) Mackensie, importuné par les chiens des sauvKges, près de la rivière à laquelle il a donné son nom, en tua un d'un coup de pistolet. « La femme à laquelle le chien appartenait, dit-il, en paraissait très-chagrine, et déclara que la perte de cinq enfans, qui étaient morts l'hiver précédent, ne l'avait pas tant affectée que celle de cet animal. . . Quelques grains de verre suffirent pour dissiper sa douleur. » Premier Voy., tome II, ch. vj, p. 87.

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