‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 163 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XIX. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIX. 3l

qu'ils en donnent , est que ces enfans sont si laids à leur naissance , que ? s'ils les voyaient , il serait à craindre qu'ils ne leur inspirassent une antipathie que le temps ne pourrait plus détruire (A). Les enfans , chez ces peuples, n'éprouvent aucune des contraintes que l'éducation rend nécessaires chez les nations civilisées ; dès qu'ils peuvent se traîner sur leurs pieds et sur leurs mains , on les laisse se rouler nus dans l'eau j dans la boue , dans la neige (2). Un père, dit Volney, caresse les siens comme tout animal caresse ses petits ; quand il les a ballottés , embrassés , il les quitte pour aller à la chasse ou à la guerre sans y plus penser ; il s'expose au péril sans s'inquiéter de ce qu'ils deviendront (3). Si un homme répudie sa femme } il lui laisse souvent tous les enfans , et ne songe plus à eux (A).

Si un père semble à peine connaître ses enfans , les enfans , de leur côté , m, aifestent peu d'attachement et de respect pour leur père : ils montrent de l'affection pour leur mère , parce qu'elle les a élevés , mais leur père leur est à peine connu (5). Chez les peuples qui vivent sous le climat le plus rigoureux , aussitôt qu'un homme

(i) Hearne, ch. iv, p. 86 et 87.

(a) Weld, tome III, ch. xxxv, p. 89.

(3) Tableau du climat et du sol des Etats-Unis, tome II, p. 4^2. — La Pérouse, tome II, ch. ix, p. 219. — Ulloa , tome II, dise. 17, p. 9. — Depons, tome I, ch. iv, p. 3o6\

(4) Hennepin, p. 33 et 34.

(5) La Pérouse, tome II, ch. xr, p. 3o5.

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ne peut plus travailler, ses enfans le méprisent et le négligent. Dans leurs repas , ils le servent le dernier, et ne lui présentent que ee qu'il y a de plus mauvais ; ils ne lui donnent pour se couvrir que les peaux de rebut les plus mal cousues. Ce mépris des vieux parens est si général , que la moitié des vieillards des deux sexes meurent faute de soins (1). Chez quelques peuplades qui vivent vers le cinquante-huitième degré, près de la baie d'Hudson ,. lorsqu'un homme est trop avancé en âge pour se suffire, ses enfans creusent une fosse, l'y placent et l'étranglent. S'il n'a point d'enfans pour lui rendre ce service, c'est par ses amis qu'il lui est rendu (â); quelquefois, au lieu de faire périr les vieillards par la violence, on les abandonne ; on en use généralement de même avec les malades (3). Quelle que soit l'indifférence ou la dureté des enfans envers leurs vieux parens , lorsqu'ils les perdent ils en portent le deuil, ils poussent des cris lamentables, ils se coupent les doigts en signe de désespoir : c'est une affaire d'étiquette (k).

(1) Hearne, ch. 1, p. 32 1.

(2) Ellis, p. 2^5. — Volney, Tableau du climat et du sol des Etats-Unis, tome II, p. 444 et 44$.

(3) Robertson's History of America, vol. II b. iv, p. 219. — Mackenzie, premier Voyage, tome I, p. 3oi et 3o2 ; et deuxième Voyage , tome II, ch. 11, page 188 ; et tome III > ch. ix, p. 95. — Hearne, ch. vu, p. 190 et 191 .

(4) Hearne, ch. ix, p. 3 1 7 . — Mackensie, deuxième Voy., tome II, ch. 11 , p. 188.

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