‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 165 sur 276 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De l'influence exercée sur les mœurs privées des peuples d'espèce cuivrée, du nord de l' Amérique, par les moyens à l'aide desquels ils pourvoient à leur existence, et par la nature de leur état social. — Suite du précédent.

Les relations d'individu à individu , de horde à horde , résultent, chez ces peuples, de la manière dont ils pourvoient à leur existence, et déterminent en grande partie leurs mœurs privées. Ne jouissant d'aucun genre de sécurité \ pour le peu de biens qu'ils possèdent , ou même pour leur vie, leur existence tout entière se concentre toujours dans le moment présent. Aussi, quoiqu'ils aient souvent éprouvé des disettes, ils ne cherchent jamais à les prévenir ; quelle que soit l'abondance dans laquelle ils se trouvent, ils ne se couchent jamais sans avoir consommé tout ce qu'ils ont la puissance de dévorer (4). S'ils sont obligés de laisser quelque chose, ils se lèvent dans la nuit pour manger , à moins qu'ils aient placé leurs alimens à leur portée, car alors ils mangent

(1) Hearne, ch. 11, p. 22. — Lahontan, tome II , p. i4<5 — Volney, tome II, p. 446 et 447-

couchés (4). Lorsque leur estomac, ne pouvant plus contenir d'alimens , en rejette une partie , ils se mettent à boire et à manger encore (â); ceux qui ont la passion des liqueurs fortes, et qui peuvent s'en procurer, en usent pour la boisson comme pour les autres alimens ; de là les désordres dont j'ai précédemment parlé (3).

La même cause qui les détermine à consommer autant d'alimens qu'ils en possèdent, les

(1) Hennepin, p. 14 et i5.

(2) Charlevoix, N.-F., tome III, liv. xm, p. 16 et 16.

(3) Montesquieu , qui a fait de la jalousie l'apanage des climats chauds , fait de l'ivrognerie l'apanage des climats froids. Cette dernière passion est une conséqnence de la barbarie ou du défaut de développement intellectuel , et non une conséquence de la fraîcheur du climat : elle existe presque chez toutes les nations dont l'intelligence est peu développée. Les indigènes des Florides , ceux de la Guyane et de quelques autres parties de l'Amérique méridionale, n'y sont guère moins adonnés que les indigènes du Canada. Charlevoix, Nouvelle-France, tome III, liv. xni, pages 16 et 17* — Dampier , tome I, ch. 1. p. 14. — Ulloa, tome II , dise, xvn , p. i5, 16, 1 7, 45 et 46. — Dauxion-Lavaysse , tome I, ch. ti,

Il existe, d'un autre côté, dans les parties les plus élevées de l'Amérique septentrionale, quelques peuplades qui ont peu de goût pour les liqueurs fortes. Hearne , ch. ix, p. 288. — Mackensie, premier Voyage, tome I , p. 292. — L'ivrognerie est fort commune en Perse, malgré la religion et l'influence du climat, ainsi qu'on peut le voir dans Chardin- Cependant il est vrai de dire que les peuples des climats froids sont plus enclins à cette passion que ceux des climats chauds; mais c'est encore plus à cause de leur barbarie qu'à cause du froid.

Page 1