‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 166 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XX. OKJ · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX. OKJ

empêche de se donner la moindre peine pour s'en procurer de nouveaux , quand ils ne sont pas pressés par la faim. Si , après avoir pris une certaine quantité de poisson , ils ont tendu de nouveau leurs filets, ils ne vont les visiter que lorsque toutes leurs provisions ont été consommées, et laissent ainsi pourrir le poisson dont ils auraient pu faire provision (1). Dans leurs excursions , ils détruisent , sans utilité , tout ce qui se rencontre sur leur passage et qui pourrait être utile à d'autres hommes ; s'ils aperçoivent un nid d'oiseau , quelque petit qu'il soit , ils en brisent les œufs ou en écrasent les petits , incertains s'ils passeront jamais dans le même lieu , ou s'ils manqueront jamais d'alimens (â). Cette insouciance pour l'avenir suffit pour expliquer comment, avec un caractère égoïste et dur, ils peuvent cependant se montrer libéraux ou hospitaliers, lorsqu'ils se trouvent dans l'abondance (3).

Lorsque la faim les presse ou qu'une passion violente les agite , ces hommes sont actifs, énergiques ; mais, quand ils sont rassasiés et qu'ils n'ont aucune vengeance à satisfaire , ils s'abandonnent à la paresse, ne voulant pas se donner une peine dont ils n'auraient pas la certitude de recueillir les fruits. Ceux qui habitent les climats

(1) Hcarne, ch. n, p. 24.

(2) Hearne, ch. iv et v, p. 72, 73 et 11 r.

(3) Weld, tome III, ch. xxxv, p. 1 18.

les plus rigoureux, sont aussi nonchalans, aussi paresseux que ceux qui vivent sous la zone torride (l). Les Chypiouyans dont le pays est couvert de neige pendant neuf mois, préfèrent le sommeil à toute espèce de jeux et d'exercices (â). Les habitans du Haut-Canada ont le même penchant pour la paresse ; les travaux qui leur inspirent le plus d'antipathie, sont ceux qui supposent le plus de prévoyance et de sécurité, comme l'agriculture : à leurs yeux , de tels travaux sont indignes d'un guerrier (5). Les peuples les plus élevés dans le nord-ouest, et ceux qui habitent la Californie, ont pour le travail une aversion semblable. Les premiers, oisifs pendant la plus grande partie du jour, ne satisfont au besoin d'activité qui semble inhérent à la nature de l'homme, qu'en passant au jeu presque tout leur temps (à). Les seconds passent des journées entières couchés sur le ventre, étendus dans le sable, lorsqu'il est échauffé par la réverbération des rayons solaires (5).'

Des hommes pour lesquels toute occupation qui n'est pas rigoureusement nécessaire pour vivre est un objet d'aversion, ne peuvent se

(1) Hearne, ch. n. p. 24.

(2) Mackensic , premier Voyage , tome I, p. 291 et 3oo.

(3) J. Long. ch. vu, p. 10 1. — Weld, tome III, ch. xvxv, p. 140. — Raynal, tome VIII, liv. xv, p. 18.

(4) La Pérouse, tome II, ch. ix, p. 216 et 217.

(5) De Huruboldt } Nouvelle-Espagne , tome II',, liv. m, ch. VIII, p. 419-

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