‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 167 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

donner les soins qu'exige la propreté. Aussi, n'en est-il point qui se montrent plus sales que ceux des contrées les plus froides de l'Amérique , dans leurs vêtemens, dans leurs alimens, dans leurs cabanes. Ces peuples se couvrent , en général, de peaux grossièrement tannées , ou de grosses toiles qu'ils se sont procurées par des échanges; quelle que soit la nature de leurs vêtemens, ils ne les lavent jamais } et ne les quittent que lorsqu'ils s'en vont en lambeaux et tombent en pourriture. Habitués à se peindre de diverses couleurs, à se barbouiller les cheveux, la figure et souvent toutes les parties du corps , de graisse ou d'huile de poisson , et la rigueur du climat ne leur permettant pas de se plonger dans l'eau , ils ont un extérieur si sale, si dégoûtant, ils exhalent une odeur si repoussante, qu'on ne peut pas approcher d'eux (1). Les enfans, enveloppés dans de la mousse , sont si mal soignés , sous le rapport de la propreté , qu'ils portent sur leur corps, le reste de leur vie, les cicatrices des scoriations produites par la saleté (â).

Ils ne mettent pas plus de soins dans la préparation de leurs alimens que dans l'entretien de leurs vêtemens; ils mangent, ainsi qu'on l'a vu,

(i) Weld , tome II, ch. xxx, p. 247. — Lewis et Clarke , ch. iiï , p. 59. — Fleurieu , Voyage du capitaine Marchand , tome II, ch. iv et v , p. 46 , 1 70 et 172. — Ulloa , tome II , dise, xvii, p. i5..

{2) Fleurieu , Voyage du capitaine Marchand , t. II, ch. iv, p. 88. — G. Dixon, tome, tome II, p. 12 et 1 3. 2. 3 1

les objets les plus dégoûtans , comme la vermine qui les couvre ou qui s'attache à la peau des animaux , les cuirs dont ils ont fait leurs chaussures ou leurs vêtemens. Jamais ils ne nettoient les vases dans lesquels ils préparent leurs alimens , et de quelque nature que soient les ordures qui s'y mêlent , elles ne leur inspirent aucune répugnance. Un homme qui croirait se déshonorer s'il buvait dans la coupe où sa femme a bu, mange sans difficulté dans le vase le plus sale qui sert au repas de son chien (4).

C'est surtout dans l'intérieur de leurs cabanes que se montre la plus dégoûtante et la plus hideuse saleté ; les entrailles des poissons qu'ils y vident, se mêlent aux os et aux fragmens qui sont la suite des repas et à d'autres ordures ; ils ne les enlèvent que lorsque la quantité en est devenue si considérable qu'elles empêchent de marcher* S'ils ont des besoins à satisfaire, ils ne s'écartent jamais de deux pas, et ne cherchent ni l'ombre ni le mystère; enfin, leurs habitations sont d'une telle malpropreté et d'une telle puanteur qu'on ne peut les comparer à la tanière d'aucun animal connu (â).

(1) La Pérouse, t. II, ch. îx, p. 221. — Hennepin, p. 53, 5/, et 55.

(2) Weld, tome III, chap. xxxv, p. 1 43 et 144. — La Pérouse, tome II, chap. ix, page 221. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand , tome II, chap. iv et v, p. 94 et 144* — Cook, troisième Voyage, tome V, liv. iv, ch. 111 , p. i32

et i33.

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