‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 172 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

traiter d'égal à égal avec lui. Les Iroquois, dit Hennepin, s'appellent les hommes par excellence, comme si toutes les autres nations n'étaient que des bêtes à leur égard. Les Cherokês sont si remplis de l'idée de leur supériorité, qu'ils appellent les Européens des Riens , ou la race maudite , et qu'ils se disent eux-mêmes le peuple bienaimé (i). Les Esquimaux , comme les Iroquois, paraissent se considérer presque exclusivement comme des hommes ; ils ne désignent les Européens que par la qualification méprisante de barbares(%).

L'orgueil, la vengeance, la perfidie, et la crainte qu'ils s'inspirent réciproquement, leur donnent une qualité qu'on serait peu disposé à rechercher parmi de pareils peuples : c'est la politesse. Jamais ils ne contredisent une personne qui leur parle ; quelque absurde que leur paraisse le discours qu'on leur tient, ils répondent, voilà qui est bien, tu as raison , mon frère; mais aussi ils exigent des autres les mêmes déférences qu'ils leur accordent. Ils sont, suivant Volney,

(1) Hennepin,,page 62. — Charlevoix, Nouvelle-France, tome 1, liv. m, p. 199 ; et tome II, liv. vn, p. 73 et 74. — Lahontan, tome II, p. 98. — Weld; tome III, ch. xxxiii et xxxv,, p. 14 et 81. — Robertson's History of America, vol. II, b. iv, p. 237. — Ces sauvages, sans renoncer à leur orgueil, ont cependant fini par reconnaître la supériorité des blancs. J. Long, ch. vin, p. i33.

(2) De Paw, Recherches philosoph. sur les Américains, tome \, troisième partie, p. 354 et 355.

aussi réservés et aussi polis que les membres d7un corps (îiplomatique. Un manque d'égards, une violation de l'étiquette, pourraient avoir chez eux des conséquences non moins terribles que chez les peuples les plus attachés au point d'honneur (i).

Les nombreuses peuplades répandues sur le vaste continent de l'Amérique , ont entre elles tant de ressemblance, qu'au premier caup-d'œil elles paraissent presque toutes appartenir à la même famille. Cette ressemblance existe nonseulement dans la couleur et dans la plupart des traits de leur caractère physique ; elle se remarque aussi dans leurs mœurs ; on rencontre partout à peu près les mêmes qualités et les mêmes vices. Les principales différences morales qui existent entre eux , se trouvent , non dans la nature de leurs passions , mais dans la force plus ou moins grande avec laquelle ces passions se manifestent. Ce sont, au reste, les mêmes différences qu'on observe entre la horde la plus barbare et la nation la plus civilisée ; de part et d'autre on trouve de l'orgueil, de la fausseté, de la vengeance , de la paresse , de l'imprévoyance , la passion du jeu ; de part et d'autre on trouve de l'amitié , du courage , de l'amour pour ses enians , du patriotisme ; mais de part et d'autre toutes ces passions n'ont pas la même énergie :

(i) Hennepin, p. 38 et 3o,. — Lahontan, tome II, p. o3T et i 3 1 . — Volney, tome II, p. ftS. — Weld, tome III. p. n5 et 116. — Raynal, tome VIII, liv. xv, p. 29.

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