‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 173 sur 276 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

dans Tétat de barbarie ce sont les passions malfaisantes ou antisociales qui affectent la plus

contraire, ces passions sont les plus faibles et n'affectent que le petit nombre, tandis que ce sont les affections sociales qui dominent (^1).

(i) Les admirateurs de l'état de nature parlent rarement de morale sans se livrer à quelques déclamations sur les vices des peuples civilisés. Il existe sans doute des vices chez les nations civilisées ; mais ces vices ne sont pas le fruit de la civilisation ; ils ont été presque tous apportés de l'état de barbarie dont ils sont de malheureux restes. La passion de la vengeance et celle de la pitié peuvent se rencontrer chez to>us les peuples du monde , mais il est curieux d'observer la marche que ces deux passions ont suivie depuis les temps les plus barbares jusqu'à nos jours : il suffit pour cela de comparer le sort des prisonniers de guerre aux principales époques. « Quand ils sont près de leurs villages , dit Hennepin en parlant des guerriers sauvages de l'Amérique , ils font de grands cris auxquels ceux de la nation connaissent que ce sont leurs guerriers qui reviennent avec des esclaves. En même temps les hommes et les femmes mettent leurs beaux atours, et les vont recevoir à l'entrée du village , où ils se rangent en haie pour faire passer les esclaves au milieu ; mais c'est une pitoyable réception pour ces infortunés; car ces canailles se jettent sur eux comme des chiens sur leur proie, commençant dès lors à les tourmenter, pendant que les guerriers passent à la file, tout superbes de leurs exploits. Les uns donnent des coups de pied à ces pauvres esclaves, les autres des coups de bâton , plusieurs des coups de couteau, quelques-uns leur arrachent les oreilles leur coupent le nez ou les lèvres, en sorte que la plupart succombent et meurent à cette pompeuse entrée; ceux qui ont

plus de vigueur sont réservés à un plus grand supplice. »

Mœurs des sauvages de la Louisiane, p. 64 et 65.

Chez les Romains, dont les mœurs étaient un peu moins barbares que celles des Iroquois , les prisonniers de guerre suivaient le char du vainqueur à travers une insultante multitude; mais ils n'étaient ni déchirés ni mis à mort; on se contentait de faire périr leurs chefs sous la hache ou dans des cachots; les autres étaient vendus comme esclaves.

Chez les. modernes, les prisonniers de guerre sont différemment traités. Nous avons vu, en 1814, après une guerre de plus de trente ans, des troupes de prisonniers traverser Paris, dans l'état le plus misérable, au moment où cette ville allait être prise. La multitude ne les a point insultés, elle leur a porté du pain.

Si nous faisions l'histoire des autres passions vicieuses, de la perfidie , de la paresse , de l'intempérance, même du jeu , nous trouverions qu'elles ont perdu de leur empire au moins autant que la vengeance.

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