UYRB III , CHAPITRE XXI
mille nobles étaient les soldats de chaque horde , et que les cultivateurs étaient la population asservie.
Nous ne pouvons déterminer quelles étaient les mœurs de ces peuples à l'arrivée des Espagnols , avec la même précision que nous avons déterminé celles des peuplades qui habitent le nord. Il y avait déjà deux siècles qu'ils avaient été asservis et en grande partie détruits, lorsque des philosophes ont commencé à observer leurs mœurs. Nous ne pouvons donc connaître qu'un petit nombre de faits relativement à eux ; mais le peu que nous apprennent les premiers écrivains espagnols, est suffisant pour nous faire juger des faits qu'eux-mêmes ne surent pas observer.
On a vu. combien est étendue , sur les mœurs des indigènes du nord de l'Amérique, l'influence de leurs moyens d'existence ; combien l'état de chasseur endurcit le caractère des hommes qui s'y livrent, et rend misérable le sort des femmes, des enfans, des vieillards, des malades, qui sont obligés de suivre les chasseurs dans les forêts et au milieu des neiges , ou de rester exposés à la famine et aux attaques de leurs ennemis. Aucun de ces maux ni des vices qui en sont la suite , ne pouvait atteindre les peuples du centre de l'Amérique, puisqu'ils étaient tous agriculteurs. Les plus avancés dans l'agriculture étaient en général ceux qui étaient les plus rapprochés de Féqualeur ; les Natchez ne tiraient presque plus rien de
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la chasse, et les habitans de Bogota y avaient complètement renoncé (i). *
Dans le Pérou , l'agriculture 'et les arts de première nécessité étaient plus avancés que dans aucune autre partie de l'Amérique. L'étendue de terre qui devait être mise en culture , était proportionnée aux besoins des habitans. On avait même prévu, autant qué possible, les effets d'une mauvaise récolte. Les produits mis en réserve pour les frais du culte ou pour l'entretien du gouvernement, étaient distribués au peuple dans les temps de disette. Non-seulement tous les terrains naturellement fertiles avaient été mis en culture ; mais , au moyen d'aquéducs et d'irrigations artificielles , des sables stériles* avaient été transformés en campagnes florissantes. Les Espagnols , au temps de la conquête*, trouvèrent le pays si bien pourvu de provisions de tout genre, que leurs relations parlent rarement de ces tristes scènes de détresse occasionnées par la faim , si fréquentes dans l'histoire des conquérans du Mexique (2).
Les rapports de subordination que nous avons observés chez les ;peuplades du nord, entre les chefs et les autres membres de la tribu , ne sont marqués que dans les occasions ou le concours de tous est nécessaire pour obtenir un résultat qui les intéresse également. Dans les autres cir-
(i) Robcrtson, vol. II, b. iv, p. i45. (i) Robertson, vol. III, b. vu, p. V»i.