‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 178 sur 276 · L1VKE III, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

L1VKE III, CHAPITRE XXI

constances, il n'existe d'autre supériorité que celle de la force ; chaque individu est en quelque sorte sous Fempire de tout homme plus puissant que lui (4). Chez les peuples placés entre les tropiques , une partie de la population était aus$i soumise à Fempire de la force ; cet empire se manifestait par les qualifications données aux uns et aux autres , par les différences de leurs habitations , de leurs vêtemens , de leurs occupations ; mais tous n'étaient pas soumis au même régime, et il est nécessaire de les considérer séparément.

Si, comme cela paraît indubitable, les peuples agriculteurs des tropiques ont été conquis par leurs voisins moins civilisés, il ne faut pas douter que ceux-ci n'aient conservé , après la conquête, le mépris qu'ont tous les conquérans pour le travail , et surtout pour celui de la terre. 11 ne faut pas douter qu'ils n'aient fait de l'industrie la marque de la servitude , et de Foisiveté l'apanage de la noblessse ; la guerre, et le pillage des vaincus, leur auront paru les seules occupations dignes d'eux. Il existe cependant une différence remarquable entre les peuplades de la partie la plus élevée de l'Amérique septentrionale, et celles qui ont envahi le Mexique et les contrées qui en sont le plus voi-

(i) Une femme, par exemple, est obligée de porter le fardeau dont il plait à son mari de la charger ; mais elle est souvent obligée de porter, en outre , le fardeau de l'individu qui a plus de force encore que son mari.

sines. Quand les premiers surprennent une horde ennemie, ils en massacrent tous les membres; ils sont sans intérêt à les conserver, car ils ne sauraient qu'en faire. Les seconds n'ont pas exterminé le peuple conquis , ils sont entrés en partage avec lui des produits de ses travaux. JLes parts ont été sans doute fort inégales ; mais celle qui est restée aux vaincus a été cependant plus considérable et surtout plus assurée que celle qui tombe en partage aux hommes les plus forts qui vivent de chasse ou de pêche. La partie la plus misérable de la population des tropiques était condamnée à moins de fatigues , à moins de privations et même à moins de . violences que les populations barbares du nord. Les serfs de quelques peuples agriculteurs étaient moins dégradés et moins accablés de travail, ils avaient moins à souffrir que les femmes , les vieillards , les enfans chez les peuples chasseurs. Quant à la classe des dominateurs, il est évident que leur sort était infiniment au-dessus de celui des individus les moins misérables qui se trouvent parmi des hordes de chasseurs.

Il est même remarquable que plus on approche de l'équateur, plus les rapports entre les diverses classes de la population s'adoucissent. Chez les Natchez et chez les Mexicains , les travaux de l'agriculture et les hommes qui s'y livraient, étaient encore avilis aux yeux des conquérans. Il n'en était pas de même au Pérou ; ici la classe gouvernante, loin déconsidérer les occupations

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