LIVRE III, CHAPITRE XXI. 35l I
maux , des fruits de leurs champs , et quelques produits de leurs arts (4).
On ne peut juger par les mœurs actuelles des indigènes de l'Amérique, qui vivent entre les tropiques , des mœurs qui existaient chez eux à l'arrivée des Européens. La destruction de leurs gouveïnemens et de leurs religions ; l'extermination de la partie la plus éclairée de leur population ; l'asservissement des autres parties à une race d'étrangers qui différaient d'eux par le langage , par les mœurs , par les opinions religieuses , et même par plusieurs de leurs traits physiques, ont suffi pour les rendre méconnaissables. Cependant, quoique plusieurs de ces peuples aient évidemment rétrogradé, la plupart sont encore de beaucoup supérieures aux peuplades du nord, sous le rapport des habitudes morales.
Les relations des voyages faits dans les régions équinoxiales , nous donnent souvent des preuves de l'abrutissement dans lequel la servitude a fait descendre ou retenu les indigènes ; mais on n'y
(ij Robertson, vol. III, b. vu , p. 334. — Robertson attribue la douceur des mœurs et du gouvernement des Péruviens à la douceur de leur religion (vol. III, b. vu, p. 336); et c'est à la férocité de la religion mexicaine , qu'il attribue la dureté des mœurs et du gouvernement du peuple du Mexique; mais quelles étaient les causes qui avaient produit une religion douce chez le premier de ces peuples, et une religion atroce chez le second ? Si Robertson se fût livré à cette recherche, peut-être aurait-il trouvé que les mêmes causes qui avaient déterminé la nature des deux religions avaient aussi déterminé la nature des mœurs et des gouvernemens des deux peuples.
trouve pas ces actes de vengeance et de cruauté si fréquens chez les peuples du nord. Les voyageurs nous disent , au contraire , que les nations agricoles sont toutes douces , pacifiques , et ne font tout au plus que se défendre , même lorsqu'elles sont très-supérieures aux autres par la taille et la force. Si quelques-unes de ces* peuplades font des prisonniers, elles les laissent jouir de leur liberté , et les traitent en compatriotes. Les sauvages de la Guyane , placés presque sous l'équateur, sont aussi courageux que les sauvages les plus intrépides du Canada ; ils sont plus vîtes à la, course; mais, dit un voyageur emmené par eux en esclavage, ils sont moins inhumains : ils ne mangent pas leurs prisonniers (i). Chez les mêmes nations, les femmes, quoique obligées de se livrer à des travaux pénibles , sont moins avilies et moins misérables que chez les peuplades du nord ; les hommes partagent leurs occupations (â).
La polygamie n'est pas interdite; mais, comme le divorce est libre aux deux sexes chez plusieurs nations, une femme peut abandonner un mari polygame , si elle le juge convenable (3) . Les
Azara, tome II, ch. x et xi, p. 20 et 173 De Hum-
boldt, Voyage aux régions équinoxiales , tome VI , liv. vi , ch. xviii, p. 218 et 219. — Hennepin, Mœurs des sauvages,
(2) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, t. III f liv. mi, ch. ix, p. 297 et 298.
(3) Azara, tome II, ch. x, p. 22 et 23.