‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 191 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXII. Ôb'J · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXII. Ôb'J

qu'emploient les seigneurs du soleil et du firmament (4). Un homme d'un rang inférieur, qui approche d'un grand, se découvre toute la partie supérieure du corps en signe de respect (â). Si un grand meurt , ses inférieurs donnent les mêmes marques de douleur que s'ils avaient perdu leurs amis les plus intimes, les parens les plus chers; ils se meurtrissent le corps, ils se déchirent le visage , jusqu'à ce que le sang en sorte à gros bouillons (3). On égorge même sur sa tombe un certain nombre de personnes qui doivent le servir dans l'autre monde (4-) . Le nombre des victimes qu'on immole en pareille occasion, s'élève dans quelques îles jusqu'à dix . si le chef auquel on les immole appartient à un rang distingué (5). C'est le grand-prêtre qui choisit les victimes, après avoir consulté en secret la divinité, mais il ne peut pas les choisir parmi les nobles (6). Le prêtre chargé du sacrifice arrache

(1) Bougainvîlle deuxième partie, ch. ni, tome II, p. 70.

(2) Cook, premier Voyage, liv. 1, ch. xix, tome II, p. 629 et63o.

(3) Cook, troisième Voyage, liv. 11 , ch. xi , t. III, p. 332 et 333.

(4) Bougainville , deuxième partie, ch. 111 , tome II, p. 69^ — Cook, troisième Voyage, liv. m, chap. xi, tome IV p. 23 1 et 232.

(5) Ring, troisième Voyage de Cook, liv. v, chapitre vin, tome VII, p. i52.

(6) Bougainville, deuxième partie, ch. ni, tome II, p. 69. — Cook, deuxième Voyage, tome II, liv. 1, ch. iv, p. 277.; — Quelquefois c'est le chef qui ordonne le sacrifice, qui choisit

l'œil gauche de la victime, le présente au roi, en lui commandant d'ouvrir la bouche , et 4e retire sans l'y avoir enfoncé. On appelle cette cérémonie manger l'homme, ou le régal du chef; elle semble avoir pour objet de constater l'antique droit des vainqueurs de manger les vaincus (4). Les privilèges des grands ne sont pas bornés dans cette vie; ils jouissent, dans un autre monde, de tous les plaisirs qu'ils ont goûtés dans celui-ci ; car leurs ames sont immortelles. Les ames des gens du peuple , aussitôt qu'elles se séparent des corps , sont mangées par leur dieu ou par un oiseau qui voltige autour des cimetières, et qu'ils nomment loata (â). Dans ces îles, les croyances religieuses sont formées dans la vue de perpétuer le pouvoir de l'aristocratie, l'avilissement et la servitude du peupie (3).

lui-même la victime. Cook, troisième Voyage, liv. ni, ch. n , tome III, p. 249-

(1) Cook, troisième Voyage , liv. 111, ch. n, t. III, p. 334, 240 et 257.

(2) Cook, troisième Voyage, liv. n, ch. xi, t. III, p. i3o, et 141 ; et liv. ni, ch. n, tome II, p. 256.

(3) Les prêtres, auxquels la faculté de choisir les victimes donne un pouvoir terrible sur les hommes asservis , persuadent aux rois qu'ils ne peuvent renoncer aux sacrifices des victimes humaines sans courir le plus grand danger. « Nous demandâmes, dit Cook, la raison de ces meurtres barbares. On se contenta de nous répondre qu'ils étaient nécessaires à la Natche ( Dieu ), et que la divinité exterminerait sûrement

Page 1