LIVRE III, CHAPITRE XXII
épouseraient et les enfans qui naîtraient de ces alliances seraient mis à mort. Les garçons doivent être peu disposés à faire de telles alliances, quoiqu'elles ne leur soient pas interdites , puisque ces femmes ne possèdent point de terres et ne peuvent pas, par conséquent, leur donner des moyens d'existence. Enfin , la classe sujette n'ayant pas d'autre industrie que de cultiver la terre des grands et de travailler à leur profit , il n'est pas possible de lever sur elle des impôts assez considérables pour enrichir les familles des cadets. On n'a pas séquestré les femmes d'un côté i et les hommes de l'autre , afin de les empêcher de se reproduire ; on n'a pas tenté non plus de persuader aux cadets que le meilleur moyen d'assurer leur salut dans l'autre monde , était de ne pas multiplier dans celui-ci ; on a cependant établi une corporation qui produit les effets des maisons monastiques. Cette corporation, qui se compose des garçons cadets de l'aristocratie , et des filles de la même classe qu'aucun chef ne consent à épouser, a pour principal objet de prévenir la multiplication des nobles ; les hommes ont pour mission de faire la guerre ; les femmes de servir à leurs plaisirs (4).
Dans cette association , les deux sexes vivent en commun , et il est rare qu'un même homme
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(i) Cook, premier Voyage, liv. i, ch. xviï, tome II, p. 170 et 17^. — Forsîcr, deuxième Voyage de Cook , tome III, eh; x, p. 433 et 442.
et une même femme restent ensemble plus de deux ou trois jours. Une des première lois de la corporation est de ne point conserver d'enfans : si donc une femme devient enceinte ; l'enfant est mis à mort dès sa naissance ; on l'étouffé en lui appliquant un morceau d'étoffe mouillé sous le nez et sur la bouche. Une mère peut sauver cependant l'enfant qu'elle porte , si elle sent pour lui quelque mouvement de tendresse ; mais il faut pour cela qu'elle renonce à la société dont elle fait partie , et qu'elle trouve un homme qui consente à servir de père à son enfant. Les personnes qui appartiennent à cette société jouissent de plusieurs privilèges et d'une grande considération ; n'avoir point d'enfans vivans est pour eux un sujet d'orgueil (4).
Il est une autre condition nécessaire au maintien et à la durée des classes aristocratiques : c'est que l'estime et la considération soient exclusivement attachées aux qualités qui constituent seules l'aristocratie , c'est - à - dire à la naissance , et à l'hérédité des terres et du pouvoir. La considération qui serait accordée au mérite personnel , à des vertus ou à des talens serait une atteinte au principe constitutif d'un tel ordre social -, puisqu'elle donnerait aux hommes des classes inférieures le moyen de sortir de leur abaissement et de se mettre au niveau des classes privilégiées.
(1) Anderson , troisième Voyage de Cook , liv, in , ch. ix, tome IV, p. j 35 et i3v. — Forcer, deuxième Voyage de Cook, tome III, ch. x, p. 433 et suivantes.