‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 194 sur 276 · LIVRE UI , CHAPITRE XXII. S'/Ù · texte numérisé non relu

LIVRE UI , CHAPITRE XXII. S'/Ù

Aussi, ces insulaires voient- ils avec un souverain mépris tqute personne de leur nation qui n'est pas née dans les rangs supérieurs , quelles que soient d'ailleurs ses richesses et ses qualités personnelles.

« Il paraît , dit Cook en parlant d'un habitant de Taïti, quittait revenu dans cette île long-temps après en être sorti , il paraît qu'il connaissait mal le caractère des habitans des îles de la Société, et qu'il avait perdu de vue, à bien des égards, leurs coutumes ; autrement il aurait senti qu'il lui serait d'une extrême difficulté de parvenir à un rang distingué dans un pays où le mérite personnel n'a peut-être jamais fait sortir un individu d'une classe inférieure pour le porter à une classe plus relevée. Les distinctions et le pouvoir qui en est la suite semblent être fondés ici sur le rang ; les insulaires sont soumis à ce préjugé d'une manière si opiniâtre et si aveugle , qu'un homme qui n'a pas reçu le jour dans les familles privilégiées, sera sûrement méprisé et haï s'il veut s'arroger une sorte d'empire. Les compatriotes d'Omaï ( que Cook avait ramené dans son île et enrichi ) n'osèrent pas trop montrer leur disposition pour lui , tant que nous fûmes parmi eux ; nous jugeâmes toutefois qu'il leur inspirait un sentiment de haine et de mépris (4). »

Suivant Montesquieu, la noblesse européenne tient à honneur d'obéir à un roi , mais elle re-

(1) Cook, troisième Voyage, liv. ni, ehap. vi, tome IV, p. 3o et 3 1 .

garde comme la souveraine infamie de partager la puissance avec le peuple (4). Les mêmes causes qui ont produit ce sentiment chez les classes aristocratiques des nations d'espèce caucasienne, Font engendré chez les insulaires d'espèce malaie. Il ri'existe , sous ce rapport , aucune différence entre les espèces. «

Les individus qui n'appartiennent pas à la classe aristocratique, sont distingués par une marque piquetée qui annonce leur infériorité (â). Ils cultivent la terre , vont à la pêche , font le service intérieur de la maison des grands, et préparent leurs alimens (5). Quoique, par leurs travaux , ils produisent toutes les subsistances , ils n'en ont qu'une faible partie. La viande et le poisson sont réserves pour la classe des grands ; les fruits , les légumes et les rats sont les alimens réservés au peuple. Les hommes même qui se livrent à la pêche , n'en consomment pas le produit 5 s'ils veulent goûter du poisson, il faut qu'ils le mangent cru , au moment où ils viennent de le prendre (A). Enfin , ces hommes n'ont pas

(1) Esprit des lois, 1. vni, ch. ix.

(2) King, troisième Voyage de Cook, liv. v, chapitre vu, t. VII, p. ioi et 102.

(3) Cook, premier Voyage, liv. i, ch. xix, tome II, p. 629 et 6'So.

(4) Bougainville , Voyage autour du monde,, deuxième partie, ch. m, tome II, p. 70. — Labillardière, Voyage à la recherche de La Pérouse, tome II, ch. xii, p. n5. — Cook> troisième Voyage, liv. il, ch- xi, tome III, p. 123 et 124 ; et liv. v, ch. vu, tome VII, p. 111.

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