‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 198 sur 276 · LIVRE 111, CHAPITRE XXIII. O · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE XXIII. O

Si elles résistent à la prostitution , ce sont les parens ou les maris qui emploient la violence à les contraindre (4). La naissance, le rang, le pouvoir, étant les seuls titres à l'estime, la chasteté, la décence, la pudeur, ne sont point considérées comme des vertus. Les femmes nées dans les rangs inférieurs ne peuvent donc jamais acquérir des titres à la considération; les femmes nées dans les rangs élevés ne peuvent jamais encourir le mépris : ce qui est essentiel à l'existence et à la durée d'un ordre aristocratique. Les grands remplacent d'ailleurs la chasteté par la cérémonie religieuse du tabou, qui met leurs femmes à l'abri des plébéiens, sans mettre les filles ou les femmes de ceux-ci à l'abri de leurs propres entreprises.

Les femmes n'étant point libres, les grands en possèdent ordinairement plusieurs, un sèul individu en possède quelquefois jusqu'à neuf. Il ne paraît pas que le nombre de celles que peuvent avoir les chefs, soit limité. Les hommes des rangs inférieurs n'en peuvent avoir qu'une (2). Les femmes n'oseraient se permettre, ni de prendre

(1) La Pérouse, Voyage autour du inonde, tome II, ch. iv, p. io5 et 106. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, tome I, chap. 11, p. 172; ch. 111, 237, et tome II, chap. vu, p. 285. — Krusenstern, tome I, ch. vu, p. 160.

(2) Bougainville, deuxième partie, ch. m, tome II, p. 58. — Labillardière, tome II, ch. xn, p. i5i. — Dentrecasteaux, tome I, ch. xiv. p. 309, 3 10 et 3i5.* — Cook , troisième Voyage, liv. n, ch. xi? tome III, p. i3o.

38û TRAITÉ DE LÉGISLATION.

leurs repas à la même table que leurs maris, ni de faire usage des mêmes alimens. Elles mangent dans un lieu écarté , et se nourrissent des choses réservées aux personnes des basses classes : la viande et les poissons les plus délicats leur sont interdits (^1). Elles doivent obéira leurs maris dans tout ce qu'ils leur ordonnent, même quand ils leur commandent de se livrer à la prostitution ; mais les infidélités qu'elles se permettraient sans leur aveu, seraient lavées dans leur sang (2). Elles portent le deuil de leur mari ; mais leurs maris ne portent point le leur (3). Enfin, outre les humiliations auxquelles elles sont soumises, en ce qui se rapporte aux alimens et à la manière de les prendre , elles sont traitées avec une dureté, ou même avec une brutalité, qui semblent exclure la plus légère affection : rien n'est plus ordinaire que de les voir impitoyablement battre par les hommes (Â). Elevées uniquement pour les jouissances les plus grossières qu'elles puissent procurer, elles deviennent des objets de dégoût aussitôt que l'âge commence à flétrir leurs char-

(1) Bougainville, deuxième partie , ch. m, tome II, p. 70; — Cook, premier Voyage, liv. 1, chap. xvn, tome II, p. 56/J, troisième Voyage, liv. m, ch. rx, tome IV, p. r 33; et liv. v, chap. vu, tome VII, p. n3 et 114. — Krusenstern, tomel, ch. ix, p. 216 et 217. ^

(2) Bougainville, deuxième partie, ch. ni, tome H, p. 58.

(3) IbicL, p. 70.

(4) Anderson, troisième Voyage de Cook, m, ch. ix, lome IV, p. 1^9 et suivantes.

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