LIVRE III, CHAPITRE XXIII
mes. Les femmes qui n'appartiennent point aux hautes classes, sont plus maltraitées encore que celles des rangs supérieurs. C'est parmi elles que sont prises celles qui sont offertes aux équipages des vaisseaux européens (1). Les grands les prostituent pour s'emparer ensuite du prix de la prostitution (â).
Des femmes traitées d'une manière si brutale ne sauraient conserver long-temps leur fraîcheur ; aussi , quoique dans leurs premières années elles soient grandes, svelteS, et qu'elles aient de la grâce, elles perdent, avant la fin de leur printemps , dit La Pqpouse , cette douceur d'expression, ces formes élégantes, dont la nature n'a pas brisé l'empreinte chez ces peuples barbares , mais qu'elle paraît ne leur avoir laissée qu'un instant et à regret (3).
Cependant , les femmes sont moins méprisées chez ces insulaires, et leur sort est moins misérable que chez les peuples d'espèce cuivrée du nord de l'Amérique. Elles n'ont pas à se livrer aux mêmes travaux ; elles ne sont pas exposées aux mêmes dangers et aux mêmes fatigues. Les vieillards et les enfans sont également moins misérables : ils n'ont à crain-
(1) Cook, troisième Voyage, liv. n, chap. ix, tome III, p. i3i. •
(2) Voyage autour du monde, tome III, ch. xxv, p. 274.
(3) Labillardière, tome II, ch. xn, p. 172. — Cook, troisième Voyage, liv. 11, ch. xi, tome III, p. i3i. — Bougain- ■ville, deuxième partie, ch. 1, tome II, p. 21 et 22.
dre ni l'abandon, ni les rigueurs des climats.
Les relations qui existent entre les parens et leurs enfans , sont analogues à celles qui existent entre les maris et les femmes : on a vu précédemment que les pères traitent leurs filles comme une marchandise, qu'ils les donnent, les vendent, selon que cela leur convient; on. a vu aussi que c'est un devoir pour tous les fils cadets de l'aristocratie, engagés dans l'association militaire, de faire périr tous leurs enfans, quel que soit le sexe auquel ils appartiennent. Les possesseurs des terres conservent, sans doute, la plupart des leurs : maiSjgcomme chez ces peuples, la propriété mobilière est nulle , et comme les immeubles passent de plein droit au premier-né, un homme ne peut rien pour ses enfans ; ils ne lui doivent par conséquent aucune reconnaissance. Cependant, en tout ce qui ne touche point à la distribution des biens, la puissance paternelle n'a point de bornes : quel que «soit l'usage qu'un homme en fasse , les chefs ne ten tent point de la limiter (A). *
(i) Anderson , troisième Voyage de Cook, liv. m, ch. ix, tome IV, p. 170.