LIVRE III , £11 A PITRE IV
d'une petitesse remarquable (i); et cela pourrait nous expliquer les peines que se donnent les Chinois pour réduire les pieds de leurs femmes au plus petit volume possible (â):'
Il existe, sans doute, dans plusieurs cas, quelques rapports entre les formes extérieures de nos organes, et l'aptitude qu'ils ont à remplir les fonctions auxquelles ils sont destinés. Il n'est pas impossible que les idées que les peuples ont de la beauté, ne soient nées d'un certain genre de
(1) Rollin , Voyage de La Pérouse , t. IV, p, 89.
(2) C'egt cette tendance qu'a chaque espèce à se considérer comme le type de la perfection , qui les a toutes déterminées à faire leurs dieux semblables à elles, et à se prosterner devant leurs propres images. Si les triangles faisaient un dieu, a dit un philosophe t ils lui donneraient trois côtés. Si je voulais prouver que, dans les. théories que les peuples ont faites sur le beau, ils ont toujours pris pour modèle leur propre espèce , je serais obligé de m'écartêr beaucoup de mon sujet. Je me bornerai à faire connaître les traits auxquels les indigènes du nord de l'Amérique reconnaissaient la beauté : « Demandez à un Indien du' Nord , dit Hearne, en quoi elle consiste ? Il vous répondra qu'une figure large et plate , de petits yeux , des joues creuses , trois ou quatre traits noirs à travers chacunes d'elles , un front bas , un grand menton, un nez gros et recourbé, une peau basanée et une gorge pendante constituent la véritable beauté. » Voyage à V Océan du Nord, ch. 4 , p. 84.
Chez les nègres, le blanc est la couleur de la tristesse et du deuil ; c'est sous cette couleur qu'ils se figurent les esprits infernaux; les esprits célestes et bienfaisans sont noirs comme eux. Nous jugeons autrement; et la meilleure raison que nous puissions donner de notre jugement , e'est que nous sommes blancs.
perfection, de quelque qualité réelle. L'intelligence peut se manifester par la forme de tels organes extérieurs, la force ou l'adresse par la forme de tels autres, la jeunesse et la santé par tels autres signes. Mais les mêmes formes ouïes mêmes signes peuvent rte pas indiquer les mêmes qualités morales ou physiques, chez tous les individus ou chez toutes les espèces (4). Le teint, qui chez un individu d'espèce caucasienne est le signe de la santé, ne l'est pas chez un individu d'espèce africaine, et par conséquent, ce qui est une beauté pour l'un ne peut pas en être une pour l'autre. Il n'entre pas, au reste, dans le plan de cet ouvrage dejrechercher quels sont les rapports qui existent entre la forme de nos organes et leur aptitude à remplir certaines fonctions : ce sont des recherches qui appartiennent à un autre genre de connaissances.
Nous avons vu , dans le chapitre précédent , que , quoique nous n'ayons pas le moyen de déterminer le point de perfectionnement auquel peut arriver la nature humaine , on ne peut pas mettre en doute que ce perfectionnement n'ait des bornes . Des philosophes ont paru croire cependant le contraire ; mais cette croyance n'a été fondée que sur des hypothèses : les faits , loin
(i) Si l'on jugeait de l'intelligence de certains animaux par la forme extérieure de leur tête, on la croirait beaucoup plus étendue qu'elle ne l'est réellement. Les Athéniens ne jugèrent peut-être pas autrement, lorsqu'ils firent du hibou l'oiseau de Minerve.