‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 21 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE IV. 5(J · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV. 5(J

de la justifier , en démontrent, au contraire, le peu de fondement. Les obstacles qui s'opposent au perfectionnement et à l'accroissement d'un peuple sont de deux genres : les uns se trouvent dans la nature même de l'homme ; les autres dans les choses dont l'homme est environné. Il ne s'agit ici que des premiers.

Les progrès des arts et des sciences ont mis les peuples civilisés à l'abri de certaines maladies, et leur ont donné le moyen de se guérir de quelques autres ; ils leur ont donné de plus des moyens de pourvoir à leurs besoins et de devenir plus nombreux ; ils ont prolongé la durée moyenne de la vie ; mais quelque grands qu'aient été ces progrès, personne n'a découvert encore le moyen d'accroître de quelques années le terme de la vie , lorsqu'elle n'est attaquée par aucun accident ou par aucun genre de maladie. Les hommes les mieux constitués ne parviennent pas de nos jours à un âge plus avancé que celui auquel parvenaient les hommes également bien constitués dans les temps de la plus profonde ignorance. La vieillesse arrive de notre temps exactement au même âge auquel elle arrivait il y a trois mille ans 5 si l'on pouvait avoir .quelque confiance dans des traditions fabuleuses , on serait même porté à croire qu'elle est à présent plus précoce qu'elle ne l'a été jadis .

Il ne paraît pas non plus que les hommes aient porté le développement des forces musculaires au-delà de ce qu'elles étaient dans les siècles

les plus reculés. Nous voyons, par ce qui nous reste des temps les plus antiques, que les nommes avaient autrefois les mêmes dimensions qu'ils ont aujourd'hui. Ce qùe les poètes et les historiens nous racontent des temps anciens, pourrait même nous faire croire que nos forces physiques sont au - dessous de ce qu'étaient celles de quelques peuples d'alors. Le changement qui s'est opéré dans les machines de guerre , joint à l'abandon des exercices gymnastiques, serait plus que suffisant pour rendre raison de la différence.

Enfin j aucun fait ne constate que les organes de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, aient maintenant plus de finesse ou d'étendue qu'ils n'en avaient jadis. La durée de l'enfance et de la vieillesse , les douleurs qui sont la suite de l'accroissement ou de la destruction , sont aujourd'hui ce qu'elles ont été dans tous les temps. Il nous faut pour nous nourrir ou nous vêtir à peu près la quantité d'alimens et de vêtemens qu'il fallait à nos ancêtres. Nous ne sommes pas plus insensibles à la douleur ou plus sensibles au plaisir que ne l'étaient les hommes du temps d'Homère. En un mot, si l'on nè jugeait de l'homme que par ses organes* physfcpes et matériels , on croirait qu'il est aujourd'hui ce qu'il a toujours été ; peut-être même serait-on disposé à croire qu'il a dégénéré sous quelques rapports.

Le système qui présenterait chacune de nos facultés comme susceptible d'un perfectionnement sans bornes, bien loin d'être soutenu par

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