LIVRE III, CHAPITRE XXIV
respectées que leurs personnes. On a vu que , pour enlever à une famille sa maison , il suffit au chef général d'y mettre le pied , et que pour interdire à la population l'usage de tels ou tels alimens , il suffit de les déclarer prohibés. Si une personne des rangs inférieurs possède un objet qui convienne à un chef, celui-ci lui commande de le lui donner; et, s'il n'est pas obéi , il la frappe de sa massue, jusqu'à ce que la résistance cesse (i). Les fils du roi prennent les choses qui leur conviennent partout où ils les trouvent ; le roi lui-même , s'il rencontre des hommes venant de la pêche , leur enlève leur poisson sans aucune nécessité. Lorsqu'il sonne d'une conque qui produit un son très-éclatant , tous ses sujets sont, obligés de lui apporter des comestibles de tous les genres. Les personnes des rangs inférieurs ne possèdent . en un mot , que ce qu'il plaît aux chefs de leur laisser (â).
Les hommes qui fondent leur existence sur les terres et sur le travail d'une population conquise, ne reconnaissent pour être à autrui qua ce qu'ils n'ont pas le moyen de ravir! La force et la ruse sont chez eux les seules mesures du juste et
(1) Labillardière, tome I, ch. vu, p. 26.1.
(2) Cook, troisième Voyage, tome II, liv. 11, ch. vi et vin, p. 201, 3o5, 3i6 et 317; liv. 111, chap. ix, tome IV, p. 162 et i63. — Dentrecasteaux, tome I, ch. xiv, p. 307 et 309. —5 Labillardière, tome II, ch. xn, p. 172. — G. Dixon, tome I, p. 280 et 2"6i.
de l'injuste; dès l'instant qu'ils peuvent traiter des personnes libres comme celles dont ils ont la possession, ils ne mettent entre les uns et les autres aucune différence, parce qu'en effet toute différence disparaît. Cependant, quelque vigilans que soient des maîtres , ils ne peuvent pas empêcher quela population asservie ne détourne à son profit une part des biens qu'elle produit, ou qu'elle ne cherche à se rendre libre , à moins qu'ils n'établissent chez elles un certain genre de devoirs. C'est, en effet, le parti qu'ont pris les peuples malais du grand Océan : ils ont établi qu'il n'y a de sacré que les choses et les personnes que la religion a défendu de toucher ; et comme les prêtres appartiennent à leur caste et qu'ils sont maîtres de la religion^il n'y a d'interdit que leurs personnes et leurs propriétés . Il résulte de là que les grands ne sont tenus à rien envers les personnes qui ont moins de puissance qu'eux , tandis que la population asservie est , au contraire , assujettie à des devoirs nombreux à leur égard. #
Les hommes qui appartiennent aux classes privilégiées, les grands possesseurs des terres, les militaires et les prêtres , ayant établi qu'il n'y a de mal que les faits ou les actions diverses qu'ils ont eux-mêmes prohibés , le vol qui tend à les enrichir n'est ni criminel , ni même honleux. Il ne faut donc pas être surpris, si les navigateurs qui ont fréquenté ces îles , en ont considéré les habitans, presque sans exception, comme