LIVRE III, CHAPITRE XXVI. 3qj
pies sauvages moins défians et aussi libres dans leur maintien ; d'autres navigateurs ont vanté la générosité de leurs sentimens. Ceux de ces insulaires qui visitèrent les vaisseaux de La Pérouse s'y conduisirent de la manière la plus régulière : ils étaient si dociles , ils craignaient si fort d'offenser les Français , qu'il était extrêmement aisé de les faire rentrer dans leurs pirogues. La Pérouse dit qu'il n'avait pas d'idée d'un peuple si doux, si plein d'égards. Lorsque je leur eus permis de monter sur ma frégate, ajoute- 1- il, ils n'y faisaient pas un pas sans mon agrément; ils avaient toujours l'air de craindre de nous déplaire ; la plus grande fidélité régnait dans leur commerce (i).
Les habitans de l'île de Pâques , plus éloignés encore de Téquateur que ceux des îles Sandwich et cfes îles de la Société, ont paru posséder moins de qualités morales. Cependant, lorsqu'ils abordèrent le vaisseau de La Pérouse , ils montèrent à bord avec un air riant et une sécurité qui donnèrent à ce voyageur la meilleure opinion de leur caractère. Lorsqu'ils virent mettre le vaisseau à la voile , ils ne manifestèrent aucune crainte de se voir enlever et arracher à leur terre natale ; l'idée d'une perfidie ne parut pas même se présenter à leur esprit 5 ils étaient au milieu des étrangers , nus et sans aucune arme
(1) La Pérouse, tome II, ch. vi, p. i3o, i3i et i32. — - Rollin, Voyage de La Pérouse, tome IV, p. 9. 5. [i)Ibid>, tome II, ch. in/p. 88 et 89.
Enfin les habitans de la Nouvelle-Zélande , qui sont les peuples de race malaie les plus éloignés de Téquateur et ceux dont l'industrie a fait le moins de progrès , ont manifesté des sentimens de bienveillance et d'amitié aux navigateurs qui ont visité leurs terres , et leur ont rendu les services qui ont dépendu d'eux (4).
Tous ces insulaires ont donc reçu à peu près les mêmes éloges ; nous pouvons observer cependant qu'à mesure qu'on s'éloigne de Téquateur, l'admiration des navigateurs diminue : les habitans des îles Marquises sont plus admirés que ceux des îles de la Société et dés îles des Amis ; ceux-ci plus que les habitans des îles Sandwich ; ceux des îles Sandwich plus que ceux de l'île de Pâques (â). Tous ces éloges ne se rapportent d'ailleurs qu'à
(1) Cook. premier Voyage, liv. M, ch. vu et x, tome III, p. a34, 236 et 232 > deuxième Voyage , liv. 11, chap. 111 et v^ p. 234, 235 et 490.
On n'a observé dans l'île de Pâques et dans la Nouvelle- Zélande, ni distinctions de rang, ni maîtres , ni serviteurs , ni race conquise, ni race conquérante. L'anarchie la plus complète a paru régner dans l'île de Pâques ; cependant les terres y sont partagées fcn propriétés particulières. Cook, deuxième Voyage, tome III, ch. 11 et ni, p. 109 et 149. — LaPérouse» t. II, ch. v, p. 116 ; et t. IV, p. 120. Dansla Nouvelle-Zélande, l'autorité d'aucun individu ne paraît s'étendre au-delà de sa famille. Si. le besoin de la défense commune oblige un village à choisir un chef, on prend celui qui montre le plus de courage et de prudence. Anderson, troisième Voyage de Cook, liv. 1, ch. m, tome I, p. 335.
(2) La Pérouse, tome II, ch. vi, p. i34 et i35.