LIVRE III, CHAPITRE IV
les faits , serait donc démenti par l'expérience. Ce qui s'est perfectionné en nous, c'est l'art de faire usage de nos organes physiques ou intellectuels, l'arf d'en accroître la puissance par des machines ou des méthodes nouvelles ; l'art de prévoir les résultats de nos actions, et de régler en conséquence nos affections d'une manière plus avantageuse à nous-mêmes et à nos semblables. La partie de nous-mêmes la moins susceptible de perfectionnement, c'est celle qui consiste dans notre constitutution physique, celle dont la force et la durée sont subordonnées à Faction des organes qui agissent indépendamment de notre volonté. Les parties les plus susceptibles d'être perfectionnées, sont nos facultés morales et intellectuelles, l'aptitude de quelques-unes de nos organes à exécuter certaines opérations.
Un philosophe a prétendu que tous les hommes, placés dans une position semblable , étaient susceptibles du même genre de perfectionnement • intellectuel et moral. Ce système, soutenu avec beaucoup d'esprit , n'est cependant pas fondé sur l'expérience , et par conséquent nous devons le considérer comme n'étant fondé sur rien. Il est bien évident que les hommes ne sont point égaux par leurs organes physiques ; et qu'on ne saurait donner à ceux qui naissent faibles et mal constitués , la même agilité , la même adresse , la même force qu'à ceux qui naissent avec une constitution forte et vigoureuse. Il est-très-difficile de trouver
dans la nature organisée deux êtres parfaitement semblables ; et comment concevoir une ressemblance parfaite dans tous les individus de l'espèce dont l'organisation est la plus compliquée? Les hommes différant les uns des autres dans leur organisation physique, on ne saurait admettre qu'ils sont tous susceptibles du même perfectionnement intellectuel et moral , à moins d'admettre que les organes physiques sont sans influence sur les facultés morales et intellectuelles, proposition tellement démentie par l'expérience , qu'on peut douter, si elle mérite d'être réfutée.
Il est une question plus élevée que celle de savoir si tous les individus qui appartiennent à la même nation sont susceptibles de recevoir le même développement intellectuel ; c'est celle de savoir si toutes les espèces d'hommes dont le genre humain se compose peuvent parvenir au même degré de civilisation, lorsqu'elles sont placées dans les mêmes circonstances. Cette question se lie à une autre qui n'est pas moins importante : celle de l'influence des lieux et des. climats sur les facultés humaines. Un grand nombre de naturalistes et de philosophes ont considéré le climat comme la cause productive des espèces qu'on a observées dans le genre humain. Plusieurs ont pensé que toutes les espèces ou variétés d'hommes n'étaient pas susceptibles d'un égal développement. Ils ont cru que quelques-unes avaient sur les autres une grande supériorité d'organisation physique, et que cette