LIVRE III, CHAPITRE XXVI
die l'équipage de Wallis, et avoir éprouvé la puissance de son artillerie. Il a fallu qu'ils vissent leurs pirogues les plus fortes dispersées ou brisées par la mitraille et les boulets , pour mériter les louanges que les navigateurs leur ont données plus tard (4). Les avantages qu'ils ont retirés de leur commerce avec les vaisseaux européens, le danger qu'ils ont vu à les attaquer, et l'impossibilité de s'en rendre maîtres, étaient plus que suffisans pour leur inspirer de la douceur (2).
Il me semble cependant que Ton se tromperait si l'on attribuait à la crainte et à l'hypocrisie toutes les marques de bienveillance que les voyageurs ont reçues de ces peuples. Les vieilles offenses qu'ils ont reçues les uns des autres y et les vengeances qui en sont résultées , les ont habitués à voir des ennemis dans tou» les hommes qui ne sont pas de leur nation; mais ce préjugé, qui fut commun à tous les peuples de l'antiquité que nous connaissons , peut céder à une conviction contraire. La perfidie et la vengeance naissent partout de la crainte, et du besoin de la sécurité : les hommes cessent d'être faux et vindicatifs, toutes les fois qu'ils se croient en sûreté , et qu'ils n'ont point d'injustice à redouter ; ils cessent d'être violens et injustes toutes les fois
(1) Wallis, Voyage autour du monde, t. II, ch. v, p. i3o et i33.
(2) Broughton, Voyage de découvertes, t. I, liv. i, ch. n ,
qu'ils sont convaincus qu'ils ne peuvent pas l'être impunément ; on verra même qu'il suffit quelquefois d'un intervalle très-court pour éteindre les sentimens de haine et de vengeance les plus invétérés , lorsqu'un événement quelconque fait cesser les causes qui les ont produits.