‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 212 sur 276 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Parallèle entre les mœurs des peuples d'espèce malaie plaoés sous un climat froid , et les mœurs des peuples de même espèce placés entre les tropiques.

Ce que j'ai dit dans les chapitres précédens, sur l'état social et sur les mœurs des peuples â'espèce malaie , ne s'applique qu'à ceux de ces peuples qui vivent entre les tropiques ou qui n'en sont pas très-éloignés ; si donc on observe entre eux quelques différences , on ne peut guère les attribuer à des différences de climat. Mais il existe , dans le grand Océan, d'autres peuples qui appartiennent à la même espèce et qui sont placés sous une latitude plus élevée ; ce sont les habitans de l'île de Pâques , qui vivent sous le vingt-septième degré de latitude australe, et ceux de la Nouvelle-Zélande, qui vivent entre le trentequatrième et le quarante-septième. En faisant la description de leurs mœurs, nous verrons en quoi elles diffèrent de celles des peuples des tropiques.

Dans l'île de Pâques et dans la Nouvelle-Zélande, on ne trouve qu'une seule espèce d'hom-

mes; on ne voit pas ici, comme dans les archipels des tropiques, des cultivateurs asservis qui ne peuvent toucher aux alimens qu'ils font croître , ni des conquérans organisés pour vivre sur les terres et les travaux des anciens possesseurs. Ces insulaires sont donc exempts des maux qu'enfante l'esclavage pour les maîtres comme pour les esclaves ; ils sont, en outre, placés sous un climat froid ou du moins fort tempéré, ce qui, suivant plusieurs philosophes, est une circonstance très-favorable à la vertu. Ils sont loin cependant d'avoir des mœurs plus pures que celles des peuples de même espèce que nous avons déjà vus.

Les habitans de la Nouvelle-Zélande sont divisés en une multitude de peuplades , et chacune d'elles est toujours en guerre contre les autres. Ces insulaires n'ont point d'organisation sociale, et par conséquent chacun est le juge et le vengeur des offenses qu'il croit avoir reçues. Aussi ne connaît-on point d'hommes sur le globe plus soupçonneux , plus défians , plus disposés à la vengeance (4)-. Soit qu'ils travaillent, soit qu'ils voyagent, ils sont toujours sur leurs gardes : toujours ils ont les armes à la main ; les femmes même sont armées; elles portent des piques de dix-huit pieds de long (â). Comme il n'est aucune

(i) Anderson, troisième Voyage de Cook, liv. i, ch. vm,. tome I, p. 334.

(1) Cook, deuxième Voyage, tome I7 chap. vm, pag. -44$ et 446.

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