‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 213 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XXVII

peuplade qui n'ait reçu des injustices ou des outrages des peuplades voisines , ils vivent tous dans des transes continuelles , sans cesse occupés de se garantir de la vengeance, ou épiant l'occasion de se venger. Ils ont fait un fort de chaque village , et ils osent à peine en sortir pour cultiver quelques étroits morceaux de terre (4). Le désir de la vengeance, -le besoin de la sécurité, et la faim qui toujours les assiège 9 les poussent sans cesse à la destruction les uns des autres. Les villages déserts et ruinés, rencontrés par les voyageurs, attestent que la destruction complète d'une peuplade est la conséquence de la défaite (â). Cook, sollicité par plusieurs de ces insulaires de donner la mort à un de leurs chefs , assure qu'il aurait exterminé la race entière, s'il avait suivi les conseils de ce genre qu'il reçut ; les habitans de tous les villages le prièrent chacun à leur tour de détruire leurs voisins. Il nyest pas aisé, dit Cook , de concevoir les motifs d'une animosité si terrible ; elle prouve d'une manière frappante jusqu'à quel point ces malheureuses peuplades sont divisées entre elles (3). Ces peuples ne sont pas poussés à la guerre seulement par le désir de se venger ou de se mettre à l'abri de la vengeance ; ils y sont poussés par le désir de se nourrir du cadavre de leurs ennemis.

(i) Cook, premier Voyage, liv. n, ch. iv, îoinelll, p. i5i et i56.

(a) Ibiti., ch. vu, tome III, p. 23 1.

(3) Troisième Voyage, liv. 1, ch. vu, tome I, p. 257,

4o6 TRAITÉ DE LÉGISLATION.

Ils ne mangent pas seulement les hommes tombés sur le champ de bataille; ils mangent tous ceux qu'ils prennent vivans , sans excepter les en fans (i).

Les femmes zélandaises sont asservies comme celles des peuples placés entre les tropiques ; mais elles sont traitées d'une manière plus dure. Il n'est pas rare de voir un homme qui en possède deux ou trois. Un père prostitue sa fille , un mari sa femme > comme dans les autres îles (â). La moindre faute qu'une femme commet est punie par de violens outrages (3). Une mère offensée par son fils > qui lui inflige une punition légère , est elle-même châtiée par son mari d'une manière cruelle. Les voyageurs anglais ont eu souvent occasion de voir de pareils exemples de cruauté ; ils ont vu des fils qui frappaient leurs mères ?

"(i) Dentrecasteaux, tomeI,chap. xu, p. 272. — Labillardière, tome II, ch. xn, p. 86. — Cook, premier Voyage , liv. 11, ch. vu et xi, tome III, p. 322, 328 et 349; et deuxième Voyage, tome I, ch. vin, p. 397*; et liv. 11, chap. v, tome II, p. 485. — Forster, ibid., p. 488; troisième Voyage, liv. i , ch. vu, tome I, p. 283 et 284.

On peut être étonné que ces peuples aient montré un trèsbon caractère aux voyageurs anglais; mats ce phénomène est facile à expliquer quand on connaît leur hypocrisie: « On leur inspira la terrenr par les armes à feu, on leur fit des signes d'amitié, et on finit par gagner leur confiance. » Cook, premier Voyage, liv. 11, tome III.

(2) Cook, troisième Voyage, liv. 1, ch. vu, tome I, p. 289

(3) Forster, cité dans le deuxième Voyage de Cook, t. I , ch. vin, p. 418 et 419; et Cook, ibid., p. 454.

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