LIVRE III, CHAPITRE XXYII
tandis que les pères les guettaient pour les battre eux-mêmes, si elles entreprenaient de se défendre ou de châtier leurs enfans. Chez les sauvages, dit un de ces voyageurs , les femmes sont les serviteurs ou les esclaves qui font tous les travaux , et sur lesquelles se déploie toute la sévérité du mari. Les Zélandais portent cette tyrannie à l'excès : on apprend aux garçons , dès leur bas âge, à mépriser leurs mères 0). Cependant, il est pour les femmes un malheur plus grand encore que celui d'être exposées à la brutalité de leup maris ; c'est de n'être point mariées ; elles sont alors abanojonnées à elles-mêmes et deviennent le jouet de quiconque a de la force (2).
Les mauvais traitemens que les maris font éprouver à leurs femmes dans les cas où elles infligent quelques légères corrections à leurs enfans, sont moins l'effet de la tendresse paternelle, que l'effet du mépris qu'ils ont pour le sexe le plus faible. Les parens de deux jeunes Zélandais qui suivirent Cook, quoique instruits qu'ils ne les re verraient plus , ne manifestèrent aucun genre de regrets. * Je crois, dit le voyageur en parlant
(1) Forster, cité dans le deuxième Voyage de Cook, liv. n, ch. v, tome II, p. 483 et ^84. — « Les habitans de la Nouvelle-Zélande, dit Cook, semblent faire moins de cas des femmes que les insulaires de la mer du Sud, et telle était l'opinion de Tuipa, un de ces insulaires, qui s'en plaignait comme d'un affront fait au sexe. .» Premier Voyage, liv. 11, ch. xi, tome III, p. 353.
(2) Cook, troisième Voyage, liv. 1, ch. vu, tome I. p. i&gi
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du père de l'un de ces deux enfans , qu'il aurait quitté son chien avec moins d'indifférence. Il s'empara du peu de vêtemens que portait l'enfant, et il le laissa complètement nu. J'avais pris des peines inutiles pour leur faire comprendre qu'ils ne reviendraient plus à la Nouvelle-Zélande; ni leurs parens ni aucun des naturels ne s'inquiétaient de leur sort (1). »
Les habitans de l'île de Pâques ont les mêmes mœurs que la plupart des peuples plus rapprochés de Féquateur; on observe seulement qu'ils ont plus d'énergie dans leurs vices; ils sont plus hp>ocrites, plus voleurs et moins susceptibles de reconnaissance ; les femmes n'ont pas montré plus de délicatesse que celles des autres îles ; leurs maris ou leurs pères les ont offertes avec la même im-
Les voyageurs français qui ont visité ces insulaires , n'ont fait contre eux aucun usage de leurs forces que ces insulaires ne méconnaissaient pas , puisque le seul geste d'un fusil en joue les faisait fuir; ils n'ont, au contraire, abordé dans leur
(i) Coolf, troisième Voyage, liv. i, ch. vu, tome I, p. 282 et 283.— ^11 existe, entre les habitans de la Nouvelle-Zélande et ceux des îles de la Société, une différence qui mérite d'être observée. Les premiers n'ont chez eux aucune classe aristocratique, et en conséquence les femmes n'y sont pas élevées pour les plaisirs des grands. Aussi, a-t-on observé chez elles des sentimens de pudeur gu'on n'a point remarqués chez les autres. Cook, premier Voyage , liv. 11, chap. x, tome III , p. 3a8 et 329. j . .<; - ,%*t <n&xi<>*) »Joo5