‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 222 sur 276 · LIVRE HI, CHAPITRE XXVlîl · texte numérisé non relu

LIVRE HI, CHAPITRE XXVlîl

qu'ils leur inspirent , par les travaux auxquels ils les condamnent ; elle se manifeste surtout par l'expression de leur physionomie. Les passions qui les agitent s'y peignent avec force , s'y succèdent avec rapidité ; mobiles comme leurs affections , tous leurs traits se changent, se modifient suivant elles. Leur figure , effrayante et farouche dans la menace , est , dans le soupçon , inquiète et perfide ; dans le rire , elle est d'une gaîté folle et presque convulsive chez les jeunes gens; chez les plus âgés, elle est triste , dure et sombre. En général , dans tous les individus et dans quelque moment qu'on les observe , le regard conserve toujours quelque chose de sinistre et de féroce, qui ne saurait échapper à un observateur attentif, et qui ne correspond que trop au fond de leur caractère (4).

Un naturaliste a fait sur ces peuplades une remarque singulière : il a observé qu'elles ne paraissent avoir aucune idée de l'action d'embrasser. L'idée de caresse ne semble pas leur être moins étrangère ; en vain on leur a fait tous les gestes propres à caractériser cette action i leur surprise a toujours prouvé qu'ils ne la concevaient pas. Ainsi , ces deux actions qui nous paraissent si naturelles, les baisers et les caresses affectueuses , sembleraient être inconnues à ces peuplades grossières (â).

(i) Péroh, 1. 1, liv. m, cfe. xm, p. 280.

(a) Péron, tome I, liv. m, ch. xm, p. 282.

Cependant y quelle que soit la dureté des hommes de la terre de Van-Diemen envers les êtres de leur espèce qui sont plus faibles qu'eux, ils n'ont point cherché à trafiquer des faveurs de leurs femmes ni de leurs filles ; ils se sont , au contraire , montrés fort jaloux. Il paraît même, autant qu'on a pu les comprendre, que, dans chaque peuplade, les hommes respectent les femmes les uns des autres , et qu'ils considèrent la fidélité conjugale comme un devoir, au moins de la part du sexe le plus faible (4). Les matelots anglais qui ont cherché à obtenir les faveurs des Diemenoises, ont été repoussés. « On observera, dit Cook à ce sujet, que, parmi les peuplades peu civilisées , où les femmes se montrent d'un accès facile, les hommes sont les premiers à les offrir aux étrangers ; et que , s'ils ne les offrent pas, on essaiera en vain de les séduire avec des présens, on cherchera inutilement des lieux écartés. Je puis assurer que cette remarque est juste pour toutes les îles où j'ai relâché (â). »

' Cette différence que nous observons ici entre la conduite des habitans de la terre de Van-Die-

(1) Dentrecasteaux, tomel, ch. xi, p. 235. — Labillardière, tome H, ch. x, p. 56.

(2) Cook, troisième Voyage, liv. 1, ch. vi, tome I, p. 212. — Le femmes des îles de la Société et des îles des Amis , qui ont paru si prodigues de leurs faveurs , lorsqu'on leur a expliqué les mœurs des peuples d'Europe , les ont admirées, et ont prouvé par cela même combien peu leur volonté a d'influence sur leur conduite

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