‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 224 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXVIII

pendant les peuplades les plus considérables comptent à peine une centaine d'individus, et la plupart en comptent moins de cinquante. Chez elles , toute différence de conditions , d'exercices, d'alimens, est inconnue : avec les mêmes besoins , avec les mêmes ressources , tous les individus de même âge et de même sexe ont les mêmes travaux à supporter, les mêmes privations à subir, les mêmes jouissances à partager. Cette uniformité qui se reproduit dans tous les détails de leur existence , et qui se soutient à toutes* les époques de la vie , imprime aux individus un caractère de similitude physique et morale dont on aurait peine à se former une juste idée dans notre état social (4).

Aucune des hordes de la Nouvelle-Hollande ne connaît l'agriculture, aucune n'est parvenue à soumettre & autre animal que le chien ; et comme cet animal se nourrit des mêmes substances que les indigènes, il ne peut pas être une ressource pour eux. La -terre , abandonnée à sa fertilité naturelle, ne produit d'autres plantes alimentaires, dans ce pays , que quelques pieds de céleri sauvage j le seul fruit que les arbres y donnent, est une espèce de figue qui ressemble à la pomme de pin , et qui cause de violentes nausées aux Européens qui tentent d'en manger (â). On n'y trouve point , comme dans le nord de l'Amérique , de

(1) Péron, t I, p. 454 et 455.

(2) Phiiiip, cli. xiv, p 161

ces nombrenx troupeaux de bêtes sauvages , qui fournissent aux indigènes une proie abondante quand ils ont le bonheur de les cerner ; ôn n'y rencontre que deux quadrupèdes qui sont fort difficiles à prendre , et dont le plus gros , quand il n'est plus jeune , n'est guère meilleur à manger que le renard.

La pêche est la principale ressource des peuplades qui vivent sur les bords de la mer ; la chasse est le moyen qu'emploient à pourvoir à leur existence celles qui vivent dans l'intérieur des terres. Ni les unes ni les autres ne font jamais de provisions ; il faut donc que le travail de chaque jour leur procure la subsistance de chaque jour. Si la chasse ni la pêche ne produisent rien, ce qui arrive fréquemment, la horde tout entière est réduite à jeûner, ou à chercher un supplément de subsistances dans des productions d'un autre genre. Aux approches de l'hiver, le poisson devenant rare , les hordes du sud émigrent vers le nord, pour y trouver des subsistances plus abondantes (>l).

Les peuplades de l'intérieur ne se procurent qu'avec les plus grandes peines leur chétive subsistance; pour prendre les animaux les p[us petits, tels que l'oppossum et l'écureuil volant, ou pour recueillir un peu de miel, il faut que les hommes grimpent sur de grands arbres y et ils ne peuvent parvenir jusqu'aux branches qu'en faisant sur le

(1) L. Freycinet, liv. 11, ch. ix, p. 292 et 2y3.

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