‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 225 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XXVIII

tronc, ordinairement très-relevé, des entailles pour poser leurs pieds et leurs mains (4). S'ils restent plusieurs jours sans prendre de gibier, ce qui n'est pas rare, la famine se manifeste : ils font alors une guerre active aux grenouilles, aux lézards , aux serpens , aux chenille! et aux araignées ; ils mangent de l'herbe et rongent l'écorce de certains arbres ; enfin, ils pétrissent des fourmis avec leurs larves et des racines de fougère, et calment leur estomac avec* la pâte qui résulte de ce mélange. Dans ces temps de famine, qui sont très-fréquens, ces hommes arrivent à un tel excès de maigreur qu'on les prendrait pour des squelettes, et qu'ils paraissent sur le point de succomber d'inanition (â).

Les hordes qui vivent sur les côtes ne. sont pas moins exposées à la famine que celles de l'intérieur. Si la saison ou l'état de la mer ne leur permettent pas de prendre du poisson ou des coquillages , elles se nourrissent de gros vers qui

(1) Ces entailles existent souvent jusqu'à la hauteur de quatre-vingts pieds, et sont faites avec une Jiache de pierre. Collins,, cité par Malthus, tome I, ch. m, p. 3 9 et 40 de la cinquième édition.

(2) Péron, tome I, liv. m, ch. xx, p. 463. — Des déportés anglais se sont quelquefois réfugiés dans les forêts parmi les sauvages , pour échapper aux travaux auquels ils sont condamnés ; mais la famine les a toujours contraints de revenir reprendre leurs chaînes. Les fatigues et les privations de la vie sauvage excèdent les fatigues et. les privations auxquelles les condamnés sont assujettis. Phillip, chap. xn , p. et i/ji. Broughton, tome I, liv i, ch. i, p. 24.

4^b TRAITÉ DE LÉGISLATION.

répandent une odeu» infecte , ou d'autres alimens aussi repoussans. Si le gros temps, qui leur rend la pêche impossible , fait échouer une baleine sur les côtes , les hordes qui la rencontrent poussent des cris de joie, oublient leurs haines mutuelles, se précipitent sur leur proie, et ne songent plus qu'à se rassasier. On déchire l'animal de tous les côtés à la fois ; chacun mange , dort , se réveille, mange et dort encore ; dès que les derniers lambeaux corrompus ont été dévorés, les ressentimens se réveillent , des combats meurtriers succèdent à ces dégoûtantes orgies , et Fon s'égorge sur des essemens (4).

Les diverses peuplades qui habitent la Nouvelle-Hollande, diffèrent sur quelques points dans leur constitution physique ; elles semblent former trois variétés de la même espèce ; mais on n'observe entre elles aucune différence intellectuelle ou morale : elles pourvoient toutes à leurs besoins par des moyens semblables ; elles ont par conséquent une manière uniforme de se conduire. N'ayant pas d'autre propriété individuelle que quelques mauvaises armes , et ne faisant jamais de provision, elles n'ont aucun besoin de gouvernement ; il doit leur suffire d'avoir un chef qui les dirige lorsqu'elles sont en guerre les unes contre les autres; il ne paraît

(i) Péron, tome II, liv. iv, chap. xxm p. 5o. — Freycinet, 1. ii, chap. rx, p. 292 et 293. — Phillip, chap. xiv, p. 161. — Broughton, tome I, liv i, p. 26. Dampier, tome II, ch. xvi„

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