LIVRE III, CHAPITRE XXVIII
soumis à des chefs qui ont sur eux un peu plus d'autorité (i). Ces chefs s'emparent quelquefois des choses qui appartiennent à leurs inférieurs , et qui excitent leur cupidité ; cependant ils ne se livrent pas à ces actes de violence si communs parmi les chefs d'espèce malaie (2). Leur autorité paraît , au contraire , si faible, que les égards qui leur sont accordés approchent plus de la déférence que de la soumission (3). Ces peuples paraissent n'avoir été ni conquis, ni conquérons; chez eux, aucune classe n'est assujettie à une autre.
Les femmes, parmi eux, sont traitées d'une manière moins dure que chez les peuples de même espèce qui vivent sous un climat plus froid ; elles sont chargées d'une partie des travaux de l'agriculture et de la pêche ; elles défrichent ou bêchent la terre ; elles vont dans la mer chercher des coquillages , et sont quelcfuefois chargées de transporter de pesans fardeaux. Cependant, les hommes partagent avec elles les premiers de ces travaux ; et dans leurs pêches , elles ne se donnent pas les mêmes peines et ne s'exposent pas aux mêmes dangers que les femmes de la terre de Van-Diemen. Toutes ne paraissent pas d'ailleurs condamnées au même sort; quelques-unes seulement s'avancent assez dans la mer pour avoir de l'eau
(1) Labillardière, tome II, ch. xni, p. 21a.
(2) Dentrecasteaux , tome I, ch. xvi, p. 35o. •
(3) Labillardière, tome II, ch. xiii, p. 247. — Dentrecas-r teaux , tome I, ch. xvi, p. 349*
jusqu'à la ceinture (i). L'on n'a pas remarqué sur elles ces nombreuses cicatrices que portent les femmes de la terre de Van - Diemen et de la Nouvelle - Hollande j quoiqu'elles se tiennent comme elles éloignées de leurs maris, et paraissent craindre de les offenser même par leurs regards ou par leurs gestes (2). Elles ont d'ailleurs les traits désagréables et le regard féroce (3).
Les diverses peuplades de cette île, lorsqu'elles sont en guerre les unes contre les autres , y portent la même fureur que nous avons observée chez les peuples d'espèce malaie ; dans les invasions qu'elles font sur le territoire les unes des autres , elles incendient les habitations , détruisent les récoltes , abattent les arbres (A). La faim attaque alors ceux que les armes n'ont point détruits ; et pour échapper aux horreurs de la famine, ou pour procurer des aliiîiens à leurs femmes et à leurs enfans \ ils reprennent les armes , fondent à leur tour sur leurs ennemis , les dévorent s'ils sont vainqueurs , ou leur servent de pâture s'ils sont de nouveau vaincus (5).
(1) Forster, cité dans le deuxième Voyage de Cook, t. IV, ch. vin, p. 479 et ^92, — Labillardière , tome II, ch. xm ,
(2) Forster, deuxième Voyage de Cook, tome IV, ch. vm,
(3) Dentrecasteaux, tome I, ch. xvi, p. 25i et 252.
(/») Lfbillardière, tome II, ch. xiîi, p. a32. — Dentrecasteaux, ch. xv et xvi, p. 3/( i et 355.
(5) Dentrecasteaux, tome I, ch. xv et xvi, p. 3/»i et 355.