LIVRE III, CHAPITRE XXVIII
cadavres des ennemis qu'ils avaient tués, et qu'ils apportaient à leurs familles comme des chasseurs apportent du gibier (^1).
Les habitans de Tanna , situés sous une latitude un peu moins élevée que ceux de la Nouvelle-Calédonie , semblent aussi en différer de fort peu par les mœurs. Chaque village et chaque famille paraissent indépendans; les vieillards et les hommes les plus remarquables par leur force , sont ceux qui semblent avoir le plus d'autorité : on ne remarque parmi eux aucune distinction de rang (â). Les villages sont en guerre les uns contre les autres , et les usages , en pareille circonstance, ne paraissent pas différens de ceux de la Nouvelle-Calédonie (5). Les Anglais , en abordant à Tanna , ont été reçus par les habitans avec des provocations et des menaces ; mais ils sont parvenus cependant à les calmer y en les intimidant par le bruit des armes (4).
Les femmes sont encore ici chargées des travaux les plus pénibles : tandis que les hommes marchent libres derrière elles, portant seulement leurs armes et toujours prêts à fondre sur leurs ennemis , elles sont obligées de porter tout à la
(1) Labillardière , t. II, p. 191 et 217. — Dentrecasteaux, ch. xv, p. i33 et 1^9.
(2) Cook, deuxième Voyage, tome IV, ch. iv, p. i63 et 164. — Forster, ibid., p. 369.
(3) Cook, deuxième Voyage, tome IV, ch. v, p. 249.
(4) Ibid.y ch. iv, p. 193; et ch. v, p. 210 et 211.
fois leurs enfans et les fardeaux dont leurs maris les accablent. Si elles ne peuvent pas porter ces fardeaux , elles les traînent ; elles ne sont proprement que des bêtes de somme et obéissent au moindre signe des hommes (4). Quelque dure que soit leur condition ; elle Test moins cependant que celle des femmes de la Nouvelle-Calédonie; les hommes ne leur inspirent pas la même terreur , ne les tiennent pas à la même distance^). Ils exécutent d'ailleurs eux-mêmes les travaux les plus pénibles , ceux qui consistent à mettre la* terre en culture, à couper ou à déraciner des arbres et des broussailles avec des haches de pierre (3).
Ces insulaires ont pour la propriété plus de respect qu'on n'en trouve ordinairement chez les peuples qui ne sont pas plus avancés dans la civilisation. Dans les premiers moinens de leur entrevue avec les Anglais , ils s'emparaient de tout ce qui leur tombait sous la main ; mais quand il se fut établi entre eux des relations amicales, ils ne se rendirent coupables d'aucun vol (3). « Les Taïtiens, dit Forster, sont ordinairement obligés de suspendre leurs richesses aux toits de leurs maisons, pour les ôter de la portée des voleurs;
(1) Forster, cité dans le deuxième Voyage de Codk, t. IV, ch. v, p. 237 et 286. Cook, ibid., ch. vi, p. 35 1.
(2) Forster, deuxième Voyage de Cook, tome IV, ch..vin, P- 479-
(3) Forster, ibîd,9 ch. v, p. 271 et 272.
(/i) Cook, deuxième Voyage, tome IV, ch. iv; p. 195.