LIVRE III, CHAPITRE XXIX
vieillards qui possèdent des troupeaux et qui ont des enfans ; celui de leurs fils à qui leurs biens sont exclusivement dévolus , prononce et exécute luimême la sentence (4). Les malades qu'on croit n'avoir pas le moyen de guérir, éprouvent le même sort (2).
Si telle est la destinée de tous les êtres faibles dans le cours ordinaire de la vie , il est aisé de voir quel est leur sort dans les cas où ils ne peuvent échapper à l'ennemi que par la fuite , et dans les cas plus communs encore où une peuplade est attaquée par la famine. Dans de pareilles circonstances, les enfans, les vieillards, les malades, les traîneurs , en un mot tous les êtres faibles , sont abandonnés ; ils meurent dans les tourmens de la faim, ou sont massacrés. Ceux qui fuient, dit Levaillant, ne sont pas plus sûrs eux-mêmes d'échapper au fléau général : plus des trois quarts périssent dans la route, au milieu des sables et des rochers , brûlés par la soif et consumés par la faim , le petit nombre qui survit, fait de longues marches avant que d'avoir trouvé quelques légères ressourcés (3).
Les Hottentots se distinguent de tous les peuples de la même espèce, par une excessive saleté, et par une invincible paresse ils se frottent habituellement, de la tête aux pieds, d'un mélange
(1) Kolbe, tome \, ch. xxv, p. 264, 265 et 267. — Sparman, tome II, ch. vin,p. 91, 92 et 94.
(2) Levaillant, premier Voyage.
(3) Levaillant, premier Voyage, tome II, p. 87 et 88.
de graisse , de suie et d^excrémens de leurs animaux ; on les sent par l'odeur qu'ils exhalent , longtemps avant que de les voir ; les peaux de mouton qui les couvrent , et les huttes qu'ils habitent, sont, s'il est possible, plus sales encore que leurs personnes ; ils sont couverts de vermine, et ils ne s'en débarrassent que pour la manger (i).
Leur paresse de corps et d'esprit est telle , que rien n'est capable de les y faire renoncer, pas même la faim ; il n'est point de peuple sous le soleil , dit Kolbe , qui ait une pareille aversion pour penser et pour agir ; on dirait qu'ils font consister leur félicité à vivre dans l'inaction et dans l'indolence (â) ; quand ils ont rassasié leur faim ils dorment; et, si les moyens de l'apaiser leur manquent, ils dorment encore, et en calment ainsi les douleurs.
Eprouvant, comme tous les animaux qui vivent de proie , des alternatives de disette et d'abondance, ils contractent les mêmes habitudes. « Le Hottentot , dit Levaillant , est gourmand tant
(1) Dampier, nouveau Voyage autour du monde , t. II, ch. xx, p. 2 13, 214 et 218. — Kolbe, tome I, chap. vi, vu, xvi et xvii, p. 80, 81, 83, 84, 87, 89, 249 et 260.^- Sparrman, tomel, chap. v. — Levaillant, premier Voyage, tome 11^
1 pages 219 et 220. — Degrandpré, tome II, p. 186 et 187. — Thumberg, ch. m, p. 108.
Les Européens ont commencé à leur faire contracter des habitudes de propreté. Barrow, tome I, ch. 1, p. 63.
(2) Description du cap de Bonne-Espérance, t. I, ch. vi, p. 80.