‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 236 sur 276 · LIVRE Kl , CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE Kl , CHAPITRE XXIX

qu'il a des provisions en abondance; mais aussi, dans la disette, il se contente de peu ; je le compare, sous ce rapport, à l'hyène, ou même à tous les animaux carnassiers , qui dévorent toute leur proie dans un instant , sans songer à l'avenir, et qui restent en effet plusieurs jours sans trouver de nourriture, et se contentent de terre glaise pour apaiser leur faim. Le Hottentot est capable de manger en un seul jour dix à douze livres de viande ; mais dans une circonstance défavorable, quelques sauterelles , un rayon de miel , un morceau de cuir de ses sandales , suffisent à ses besoins pressans. Je n'ai jamais pu faire comprendre aux miens qu'il était sage de réserver quelques alimens pour le lendemain; non-seulement ils mangent tout ce qu'ils peuvent mais ils distribuent le superflu aux survenans ; la suite de cette prodigalité ne les inquiète en aucune façon. On chassera, disent-ils, ou Von dormira. Dormir est pour eux une ressource qui les sert au besoin ; je n'ai jamais passé dans des contrées âpres et stériles où le gibier est rare , que je n'aie trouvé des hordes entières de «auvages endormis dans leurs kraals , indice trop certain de leur position misérable ; mais ce qui surprendra beaucoup , et que je n'annonce que sur des observations vingt fois répétées , c'est qu'ils commandent au sommeil , et trompent à leur gré le plus puissant besoin de la nature.

« Il est pourtant des momens de veille audessus de leurs forces et de l'habitude. Ils emi. 29

ploient alors un autre expédient non moins étrange, et qui, pour n'inspirer nulle croyance, ne cessera pas d'être un fait incontestable et sans réplique ; je les ai vus se serrer l'estomac avec une courroie ; ils diihinuent ainsi leur faim , la supportent plus long-temps, et l'assouvissent avec bien peu de chose (4). »

Leur imprévoyance égale leur paresse : leurs femmes, qui sont chargées de faire les provisions nécessaires à l'existence de la famille, en font rarement pour plus d'un jour. S'il leur arrive d'avoir quelques approvisionnemens d'avance, ils sont disposés à les céder pour le premier objet qui les frappe, et qui ne peut être pour eux d'aucune utilité. Lorsque le mauvais temps, des pluies excessives ou des orages ne leur permettent pas de sortir selon leur coutume , la famille se trouve réduite à la plus grande disette , et ne vit qu'en mangeant les peaux desséchées qui lui ont servi de sandales (â). •

Les fréquentes disettes qui sont la suite de leur imprévoyance et de leur paresse* leur font contracter l'habitude de se nourrir d'objets qui inspireraient une répugnance invincible à des peuples moins stupides et moins grossiers. Si le vent

(1) Levaillant, premier Voyage, tome I, p. 287 et 288. — Le moyen que Levaillant rapporte comme un fait incroyable est employé par les nègres de Mallicolo et même par les Arabes. JMollien, tome I, ch, 1 , p. 14.

(2) Levaillant , deuxième Voyage, tome III , p. 18 et 19. — Kolbc, tome I, ch. xvi, p. 2.5o et 25 1.

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